Notre voyage au Népal commence là-haut, dans l’avion. Comme d’habitude, j’ai demandé une place près du hublot. Il n’y a pas plus beau spectacle que la Terre vue du ciel (enfin… après la Terre vue d’une selle, bien entendu ! ;D et ouais, je suis en forme!) Bref. Ce jour-là, la Terre est justement recouverte d’un épais manteau de nuages et on n’y voit strictement rien. Jusqu’au moment ou un, puis deux, puis trois blocs de pierre noirs et blancs apparaissent à l’horizon. Ouhhh lààà, j’ai du boire une Tsingtao de trop avant de décoller, moi ! Mais plus on se rapproche et moins je crois à une hallucination. Sachant qu’un avion de ligne vole en moyenne à 9.000m d’altitude et qu’on pourrait presque les toucher du doigt si on avait un gogo gadget au bras, je dirais que… Loulou !! On arrive… Incroyable, les hauts sommets sont de pus en plus denses. L’avion les frôle presque avec le bout de son aile… Le temps s’arrête. Au blanc cotonneux des nuages se même celui des neiges éternelles. La nature dans toute sa grandeur. Les proportions sont tellement gigantesques que ça fait presque peur. Un désert de glace, de roche et de neige à perte de vue. Nos cœurs bondissent dans nos poitrines quand on repère l’Everest, le Toit du Monde, avec le Lhotse, sur sa droite. Pour la énième fois pendant ce voyage, on ne trouve plus les mots… on se contente d’admirer, et c’est tout. L’avion fait de grands virages pour suivre la vallée. Même à cette altitude, il est gêné par les obstacles !

Les nuages s‘interrompent d’un coup et la vue, en bas, beaucoup plus bas, donne le vertige. Le relief s’estompe et laisse place à la plaine de Katmandou, pour l’atterrissage. La capitale n’est pas bien haute, 1400m seulement. L’aéroport, on dirait un gymnase, ou une salle des fêtes. De la moquette usée au sol, du lambris, des guichets en bois et un système de sécurité presque inexistant. Pas de doute, on a bien quitté la Chine. Notre « grand » taxi (un vélo dans le coffre, un sur le toit) nous dépose dans le quartier de Bhatbhateni, Chez Pushkar Shah.

Après avoir négocié 1000 roupies avec le chauffeur (ils ne mettent jamais leur compteur), il nous glisse juste au passage que si on veut lui donner plus, c’est bien aussi. Comme c’est jour de festival à Katmandou et qu’on est heureux d’être là, on lui donne 1500 roupies. Plus tard, on apprendra que le vrai tarif, c’est 300 ! Et oui, il y a toujours un petit temps de rodage quand on arrive dans un pays où les prix sont rarement affichés ! Et ils te voient venir de teeeeeeellement loin ! 😀 Bref. Pushkar n’est pas là mais son adorable compagne Umma nous accueille. Un vélo en pigments colorés sur le seuil… ça commence bien !

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Nous avons même droit à une belle chambre lumineuse pour nous tous seuls. Le salon et la cuisine sont à disposition… le QG parfait pour préparer notre trek. Nous avons hâte de rencontrer notre hôte car nous avons fait des recherches sur lui sur Internet et voilà ce que nous avons trouvé : à 25 ans, en 1998, Pushkar a quitté son village avec un vélo et 1€ en poche. Son but : faire le tour du Monde pour promouvoir la paix et répandre un message d’espoir pour son pays. Pendant 11 ans, il a parcouru 150 pays. Il a été dévalisé à plusieurs reprises, on lui a tiré dessus et il a même été kidnappé. À la veille des attentats, il posait devant le World Trade Center. Il a également rencontré la Reine d’Angleterre. De retour dans sa patrie, il a gravi l’Everest avec, dans son sac, les 150 drapeaux des pays traversés. L’aboutissement de son pèlerinage. Son histoire est incroyable et sa maison regorge de souvenirs de voyages et autres trésors. On passe une première soirée fantastique où, avec Janine et Till, un couple d’Allemands, autour d’une bonne bière, il nous raconte son enlèvement au Mexique.

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Notre hôte, Pushkar Shah

Les jours suivants, on apprend à découvrir notre quartier et sa multitude de petites échoppes et métiers oubliés. Ici, peu de grands magasins et centres commerciaux. Tu trouves tout ce que tu cherches dans un rayon de 500m autour de chez toi. C’est ce que l’on préfère en Asie : tous ces petits commerces de proximité qui font la part-belle à l’artisanat, au fait-maison et sur-mesure. Et il y a toujours une petite charrette avec des fruits et des légumes frais au coin de la rue. Croisons les doigts pour que Carrefour, Auchan et Cie ne viennent jamais foutre les pieds ici. Nos villages et nos centre-villes se meurent. Ici, ça grouille d’animation, jusque dans les quartiers les plus calmes, en apparence.

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La ville compte une foule de petits barbiers
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Le lavoir où des dizaines de femmes ont perdu la vie lors du séisme de 2015

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Sâdhu près de Durbar Square

Que ce soit à Katmandou ou dans les autres villes que nous avons traversées, la vie est rythmée par la religion. Il y a des temples partout, sans parler des petits autels qui bordent les rues ou sont carrément placés au milieu de celles-ci. Même les habitants ont un autel chez eux.

Le matin, nous sommes réveillés par les cloches de prière (et le crieur qui vend ses légumes accessoirement!). Et tout est prétexte à faire la fête. On ne compte plus le nombre de festivals en tous genres qui jalonnent le calendrier népalais. À ce propos, on est en 2074 quand on vit ici. Le calendrier népalais suit le calendrier lunaire. On décide de visiter un des nombreux temples de la ville, le Swayambunath Temple, appelé aussi « Monkey temple » à cause de la quantité de singes qui l’habitent. Quand on en voit passer un devant nous, on est tous fous ! C’est la première fois que nous voyons un singe en liberté !

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Le premier singe que nous voyons en liberté, avec une banane à la main… tellement cliché! ;D

Puis on en voit 2, puis 3, puis toute une bande ! Ils nous font vraiment marrer mais on se tient à bonne distance car certains n’ont pas l’air très commode, et je crois que ça mord, ces p’tites bêtes là ! Les voir sauter dans l’eau est un vrai numéro de cirque. Cette dégaine ! C’est drôle aussi de les voir piquer des sachets de nourriture sur les étals des marchands et de les voir s’installer tranquillement sur le mur ou sur le toit, juste au-dessus du gars en colère pour bien le narguer, du genre : « hum… je me régale avec ce que je viens de te piquer et en plus, tu ne peux pas m’attraper ! » ;D de vrais pestes… Et puis quand c’est pas les marchands, ce sont les enfants qui se font chiper leurs sucreries et qui se mettent à pleurer. Ça se passe en moins d’une seconde.

Swayambhunath est un des plus anciens et le plus saint des sites bouddhistes de Katmandou. Là-haut, l’encens brûle et les fidèles viennent tourner les moulins à prière. Les petits édifices forment un ensemble assez hétéroclite.

Situé sur une colline, on a une vue d’ensemble sur la ville, très étendue et voilée par un épais rideau de pollution.

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En effet, Katmandou compte parmi les villes les plus polluées au monde, sa rivière également. Mais où est passée l’eau ? Ah là, sous les détritus… et y’a du boulot côté prise de conscience. Absolument tout le monde jette ses déchets par terre ou par la fenêtre du bus (au retour du trek, nous avions tous rassemblés nos déchets dans un sac et le chauffeur l’a pris des mains de Rémi et l’a balancé par la fenêtre, sous nos yeux médusés!). Et ce ne sont pas les trois poubelles de la ville qui vont aider. Du coup, certaines rues se transforment en déchetteries. Sans compter les excréments d’animaux, la ville grouillant de vaches et de chiens errants. Certains font des tas et les brûlent, ce qui n’aide pas vraiment à purifier l’air ! Ont-ils vraiment d’autres solutions alors qu’il n’existe pas de système de traitement performant ? Bref, je sais que ça plombe un peu l’ambiance mais plus on avance dans ce voyage, et plus on réalise que cette partie de la planète est juste une immense déchetterie à ciel ouvert. Du coup, on pense à nos petits bacs de tri sélectif à la maison et ça nous fait doucement marrer… une goutte d’eau. 😦

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Les enfants se baignent et jouent dans l’eau sale
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Dans ce parc, on pique-nique au milieu des détritus et les vaches fouillent les ordures
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Oh la vache! Pardon, madame… on peut passer?
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Seules les rues principales sont goudronnées. Partout ailleurs, ce n’est que poussière…

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Sur un ton plus léger, continuons avec les spécialités culinaires du coin. Parmi elles, le Dal Bhat, bien sûr (cf. notre article sur les Annapurnas), mais aussi les momos (raviolis fourrés aux légumes et/ou à la viande), les chowmeins (nouilles sautées), les sizzlers (légumes et nouilles braisés et servis sur une plaque brûlante), les lassis (yaourts frais aux fruits à boire), les peanut sandheko (cacahuètes grillées en salade avec des tomates, des oignons rouges, du chili), et beaucoup d’autres choses, plus ou moins épicées, en provenance d’Inde, notamment : naans, currys… Bon à savoir : quand tu rentres dans un restaurant au Népal, il y a rarement tout de disponible au menu. La carte est tellement énorme que ce serait impossible de toute façon! Et à partir du moment où tu as commandé, le temps d’attente est estimé entre 45 minutes et 1h et demie. Non, non, ce n’est pas une blague. Rien n’est préparé à l’avance. Combien de fois on a vu le cuistot enfourcher sa moto et revenir 10 minutes plus tard avec les ingrédients nécessaires. Qu’est-ce qu’on a pu rigoler avec ça! Ah, au moins, on est sûrs que c’est frais! Pas de micro-ondes ici! ;D

Nous passons également de nombreuses heures dans le quartier le plus touristique de Katmandou : Thamel. Il regroupe quelques 300 auberges, les boutiques de matériel, les agences de trekking, les associations de porteurs, l’un des seuls distributeurs de la ville qui fonctionne et une foule de restos et cafés qui se veulent branchés mais pas toujours de qualité. Faire du « shopping » à Thamel est épuisant. Dès que tu poses les yeux plus de 3 secondes sur un article, le gars te saute dessus ! Au début, tu uses de toute ta patience pour t’éclipser poliment, puis à la fin, tu te barres en courant ! ;D Aucun tarif n’est affiché, la négociation est donc serrée. En tous cas, quand on t’annonce un prix, tu sais que tu peux proposer moitié moins !

De retour du trek, nous passons encore 10 jours chez Pushkar en attendant notre visa indien. Nous nous lions d’amitié avec les filles de la maison, à savoir: Umma, Rajani, Saaru et Chamila, qui vivent dans les petites maisons attenantes à celle de Pushkar. Elles nous apprennent à confectionner les momos et nous font régulièrement à manger. En échange, on fait sauter les crêpes! En somme, une bonne dose de bons moments partagés!

Ce sont elles qui, un soir, nous emmènent au festival de la lune. On ne sait pas trop à quoi s’attendre. Tout ce que l’on sait, c’est que les fidèles passent la nuit au temple de Pashupatinath pour y célébrer leurs morts. Sympa! On ne tarde pas à comprendre. Ce qui se déroule sous nos yeux est totalement surréaliste pour les athéistes que nous sommes. Ce festival ne doit pas figurer dans les guides et il est certain qu’on ne serait pas venus tous seuls. Des dizaines de milliers de personnes ont envahi chaque recoin du temple en vue d’y passer la nuit, plus ou moins confortablement! Certains dorment sous des bâches, à même le sol ou directement dans la rue. Nous sommes compressés, malmenés, ballottés dans les mouvements de foule qui se font de plus en plus puissants à mesure que l’on s’enfonce au cœur de la foule. On est obligés de s’accrocher les uns aux autres pour ne pas se perdre. Les gens prient, les yeux perdus dans le vague. Toutes ces offrandes, ces bougies, ces yeux rivés sur nous, étrangers. Nous avons presque l’impression de voler leur intimité et nous restons incrédules devant tant de piété, ne comprenant pas très bien à quoi correspondent tous ces rituels. Puis on arrive au bord de la rivière et on se prend en pleine face la vision des corps qui brûlent sur les bûchers. Quand tu n’es pas prévenu, ça fait un sacré choc! C’est brutal, et envoûtant à la fois. En quittant les lieux, on se demande si on ne vient pas de rêver cette scène…

Ce temple de Pashupatinath nous a particulièrement fascinés et nous décidons d’y retourner en journée., lorsque les foules auront déserté les lieux. Il est l’un des temples hindous les plus sacrés du Népal, construit de part et d’autre de la rivière sacrée Bagmati, et l’un des plus importants dédié au dieu Shiva. Des quatre coins du Népal et de l’Inde, les fidèles les plus âgés viennent ici finir les dernières semaines de leur vie. Les croyances veulent que celui qui meure à Pushapatinath se réincarne en être humain, quelque soient ses pêchés. Leur date de mort est prédite par les astrologues du temple. Bref, l’atmosphère y est très spéciale et on peut ressentir la mort à chaque recoin. Nous observons quelques instants les rituels funéraires puis, incommodés par les odeurs de chair brûlée, nous quittons rapidement les lieux, encore abasourdis par ces pratiques auxquelles nous sommes complètement étrangers. À quelques mètres des flammes, les enfants jouent au ballon, comme si de rien n’était. Plus loin, les femmes lavent leur linge dans la rivière chargée en cendres. Les eaux du Bagmati, riches en graisses humaines, font un parfait détergent. On dit que c’est comme ça que fut inventé le savon…

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A l’entrée du temple, on se fait lire les lignes de la main

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Le site a particulièrement souffert du séisme de 2015
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Les abords du site regorgent de boutiques d’offrandes

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La rive gauche de la rivière, où les gens viennent assister aux crémations
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La cérémonie de crémation va commencer… le corps est enveloppé dans de la soie orange
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Plus de 40 crémations en plein air ont lieu chaque jour à Pushapatinath
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Une fois les corps consumés, les cendres sont jetées dans la rivière
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L’endroit est également peuplé de singes

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Là encore, le récent séisme a fait des ravages

Enfin, nous visitons le site de Bodnath, qui est l’un des principaux sanctuaires bouddhistes de la région de Katmandou. Son stûpa du XIV siècle qui domine l’horizon est l’un des plus grands au monde. Il a perdu sa tête lors du séisme de 2015 mais fut reconstruit depuis. Là encore, on ressent toute la ferveur des visiteurs.

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Notre visa indien en poche, il est maintenant temps pour nous de quitter la capitale en direction du sud et de Sonauli, ville frontière. Nous faisons nos adieux aux filles et quittons la maison de Pushkar où l’on se sentait si bien.

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La grande route étant plutôt mauvaise et embouteillée, nous chargeons une fois de plus nos vélos dans un bus, direction Pokhara, la deuxième ville du Népal. Nous y avons déjà passé deux jours au retour du trek et nous avons hâte de retrouver son ambiance tranquille au bord du lac.

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Notre cantine à Pokhara!

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Sur place, nous sommes accueillis par Garrett, un Warmshower. Garrett est américain et entame sa troisième année de volontariat au Népal sous l’égide de Peace Corp, une fondation chargée d’apporter son soutien aux populations rurales par l’enseignement de techniques plus performantes. Il parle couramment népalais, est un cuistot hors pair et nous donne plein de supers conseils pour apprécier notre séjour sur place. On lui a aussi donné la palme du meilleur masala tea! Merci Garrett!

Nous poursuivons notre route vers la frontière, avec une étape à Lumbini, lieu de naissance de Bouddha, en l’an 623 avant JC. Toutes les communautés bouddhistes du monde y sont représentées. Mais bon, en tant que non pratiquant, le lieu n’a que très peu d’intérêt pour nous. Les temples, assez modernes et donc assez moches, sont réparties dans une espèce de no man’s land marécageux entouré de clôtures. Pas top comme endroit…

Le soir, alors qu’on s’apprête à se coucher, on nous distribue de l’encens dans les chambres. Ah… c’est donc à ça que sert le petit socle en argile avec un trou sur la table de nuit? Sympa… Le lendemain, nous passerons la frontière indienne mais ça, c’est une autre histoire…

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À bientôt!

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