On en avait longtemps rêvé… ça y est, on y est ! Nous avons en poche notre ticket de bus pour Besi Sahar, point de départ du trek des Annapurnas. Départ prévu le lendemain à 7h30. L’excitation est à son comble, même si l’on se pose pas mal de questions : est-on bien équipés? notre corps saura-t-il s’adapter à la haute montagne?

Mais revenons quelques jours en arrière…

Selon nos plans initiaux, nous devions visiter l’Inde avant le Népal mais nous avons modifié notre feuille de route pour rejoindre Delphine et Sarah, parties elles-aussi cet été pour un tour d’Asie à vélo de 9 mois (pour jeter un œil à leur blog, c’est par ici… 2bretonnesenselle.wordpress.com). Avec Sarah, nous étions dans le même club de course à pied en France et on s’était promis d’essayer de se retrouver. C’était une occasion à ne pas manquer, d’autant plus que novembre est le mois idéal pour le Tour des Annapurnas. L’Inde attendra son tour! Trois jours avant notre départ supposé pour le trek, nous sommes heureux de tous se retrouver chez notre Warmshower à Katmandou. À notre petit groupe de 4, s’est rajouté Rémi, mon frère, qui, apprenant qu’on allait faire ce trek, a sauté dans le premier avion et nous a rejoint deux jours plus tard.

La veille, nous parcourons fébrilement les rues de Thamel à la recherche de quelques couches chaudes supplémentaires. On a quelques équipements dans nos sacoches mais on a peur d’avoir froid. En fait, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. On sait très bien que les polaires, doudounes et autres pantalons que nous achetons dans les petites boutiques locales sont des contrefaçons et on croise les doigts pour qu’elles fassent l’affaire.

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Thamel

Une fois habillés, nous nous rendons au Tourism Center pour les formalités administratives. Eh non, au Népal, tu ne pars pas tranquillou avec ton sac, la fleur au fusil! Il te faudra obtenir impérativement les deux sésames suivants : le permis correspondant au parc traversé ET la carte TIMS. Quésaquo? TIMS signifie « Trekkers’ Information Management System ». La carte est obligatoire depuis 2008 et coûte 20$. Elle recense les informations sur le voyageur, l’itinéraire suivi et les contacts en cas d’urgence. Elle permet aux équipes de sauvetage de situer chaque trekkeur et ainsi faciliter les interventions. Le permis, lui, nous a coûté une trentaine de $. Les prix varient d’un parc à l’autre et peuvent grimper jusqu’à 500$, pour le Mustang notamment.

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La carte TIMS et le permis pour le parc des Annapurnas

Pour tenir notre budget, nous avons fait le choix de ne pas recourir à un guide ou à un porteur. Le parcours, très fréquenté, peut se faire aisément en individuel tant il est bien balisé et ponctué de villages, espacés de une à deux heures de marche maximum.

Allez! C’est parti… on vous emmène avec nous dans l’Himalaya… dépaysement garanti!

JOUR 0 : Après une préparation de sportifs, à savoir : bière, crêpes au Nutella et déhanchements endiablés sur le dance floor, on met le réveil sur 5h. Ça pique un peu. On boucle notre sac-à-dos et on laisse les affaires inutiles chez Pushkar, notre Warmshower à Katmandou. La chance est avec nous, on trouve presque tout de suite un taxi pour Thamel, où Rémi doit faire son check-out à son auberge de jeunesse. Le minibus, qui peut normalement accueillir 8 personnes, se remplit au fur et à mesure du trajet. On se retrouve assis par terre et on est plutôt 15. On trouve ensuite 2 mini taxis pour la gare routière, avec qui l’on doit négocier durement. Il faut savoir qu’au Népal, il y a les prix pour les locaux…et les prix pour les étrangers, multipliés par 4 ou 5 bien souvent! Notre chauffeur est un vrai pilote. Il roule pleins gaz dans les ruelles étroites et sinueuses de la ville et évite de justesse les mendiants assis au bord du trottoir, les poteaux électriques (en effet, certains sont en plein milieu de la voie, pratique!) et les véhicules aussi fous que lui qui arrivent en sens inverse. Alors qu’il est trop serein, nous, on préfère fermer les yeux à chaque obstacle et attendre que ça se passe! Et ça passe presque toujours, hormis quelques frottements de rétros! Je ne comprends pas comment il fait pour pas toucher carrément, il a vraiment le compas dans l’œil! On arrive vivants et avec de l’avance (tu m’étonnes! ;D). À peine sortis du taxi, le rabatteur de notre bus nous prend en charge et met nos sacs dans le coffre.

À 7h40, notre bus part presque à l’heure. On est seulement quelques personnes mais très vite, ça se remplit. Le rabatteur, par la porte qui reste ouverte pendant le trajet, hèle les gens directement dans la rue. Il n’y a pas d’arrêts de bus officiels, et encore moins d’horaires, mais le temps de quitter la ville (1h quand-même), on est au complet. On a à peine quitté Katmandou que le bus s’arrête. Le traffic est si dense que l’on restera ainsi une bonne heure en file indienne… il est 10h et on a fait 15km…ça promet!  Deuxième arrêt une heure plus tard pour le casse-croûte, ça ce n’est pas pour nous déplaire! Un petit tour aux toilettes avant et là, on hallucine sur la propreté des WC publics. Après la Chine, ça fait un choc. Ils devraient venir voir par ici comment ça se passe… On entre dans une espèce de cantine où les routiers engouffrent de grandes bouchées avec leurs mains. Pour les étrangers, il y a aussi des couverts. On nous sert notre premier Dal Bhat.

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Il s’agit du plat typique népalais, présenté systématiquement sur de grands plateaux en métal. Du riz, une galette croquante, une soupe de lentilles, des pommes de terres épicées et des légumes saumurés, voire des achards pour les plus complets. La particularité de ce plat, c’est qu’on te ressert tant que tu as faim! Il faut faire fissa car à peine avalée la dernière bouchée que le bus repart. Nous quittons ensuite la route principale (qu’ils appellent Highway mais non, non, non, ne vous y fiez pas, on a des chemins de campagne beaucoup plus praticables ;D) et traversons des paysages somptueux, en observant une foule de scènes de la vie quotidienne rurale. Un vrai spectacle défile à travers la vitre du bus. Quand ils nous voient, les enfants nous font coucou avec leurs sourires magnifiques.

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À 15h45, on arrive enfin à Besi Sahar, où l’on apprend que le bureau des permis ferme à 16h, le bol! On s’y précipite et moyennant une trentaine d’euros, on se voit délivrer notre permis pour le Parc des Annapurnas. L’excitation monte… comme ce bled ne nous plait pas plus que ça, on se met en quête d’un bus pour Buhlbuhle, un peu plus haut. On a même pas à chercher…un bus s’arrête devant nous dès que l’on quitte le bureau. Et en plus il va justement dans cette direction! Avec le chauffeur, on convient de s’arrêter encore plus haut, à Ngadi, pour éviter la route du début, dangereuse, poussiéreuse, et très fréquentée. Cette fois, nos sacs sont balancés sur le toit et ne seront même pas attachés. On croise les doigts…

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Nos sacs sont sur le toit!

Comme d’habitude, on est seuls dans le véhicule mais, après un petit tour de village, On se retrouve à 50 pour 20 places assises!

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Non, non… la déco n’est pas chargée!
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En général, les femmes, enfants et personnes âgées sont placées à l’avant, près du chauffeur

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Au moment de pointe, il y en a même qui voyagent dehors, accrochés aux fenêtres. Super safe sachant que tu croises les autres bus à moins de 30cm. C’est maintenant que la partie de rigolade commence! Nous qui pensions avoir tout vu en Mongolie… eh bien non! Ça secoue tout autant et la piste est défoncée à souhait mais là, le petit détail qui tue, c’est qu’on longe le précipice et que certaines bordures de la route se sont effondrées! Parfois, on est si près du bord, qu’on sent la roue arrière droite patiner dans le vide. Et quand on connait les statistiques des accidents de la route au Népal, ça nous fait froid dans le dos. Bref, on passe un très mauvais moment, jusqu’à temps que la nuit tombe, vers 17h30, du coup, on ne voit plus rien et c’est bien mieux comme ça! Le supplice, c’est quand un autre bus arrive en sens inverse et qu’il faut faire marche arrière… c’est de la folie! On se regarde tous et on rit jaune. Vers 18h30, le bus nous dépose devant une guesthouse. 11h pour faire 165km… record de lenteur battu! Evidemment, le chauffeur est de mèche avec le patron de la guesthouse et on est un peu réticents. C’est là que nous découvrons le système de prix du trek. Comme on avait pu le lire sur de très nombreux blogs, la nuit est gratuite si on prend le dîner et le petit-déjeuner sur place. Bien entendu, les prix de la nourriture sont tellement gonflés (environ 3 à 4 x les prix de la capitale), que tu la paies quand-même ta nuit! Malgré ça, cela reste très raisonnable. Environ 1€ une boisson, 3 à 5 € un plat copieux. Les chambres sont propres et ils ont une douche chaude. Comme on est pas vraiment motivés pour aller comparer, surtout de nuit, on s’arrête ici. C’est très bon et les gens sont sympas…sans regrets! À l’abri sous nos moustiquaires, on s’endort en rêvant à notre première journée de marche.

JOUR 1 : Ngadi – Chamche / 9h30 – 17h30 / Alt. 890m – 1385m / 16 km / couvert et humide

On commence cette journée avec un petit-déjeuner de pommes de terre au fromage sous une paillote, au bord du torrent.

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On a entendu des gens partir à 6h du matin, nous on est pas pressés… On fait un premier stop au bord de la rivière pour faire le plein en eau. Je me répète, mais, qu’est-ce qu’on est contents de notre filtre! De l’eau gratuite et à volonté sans pourrir notre environnement avec des bouteilles en plastique, et à 5 ça en fait du plastique! On est vite assaillis par une horde de petits garçons qui nous réclament du « chocolate ». Dommage, on en a pas. Du coup, ils enchaînent sur « give me money! », « give me rupees! ». Comme on refuse, ils deviennent de plus en plus insistants et se mettent à faire semblant de pleurer. Ça nous fait plutôt marrer car ils ne sont pas très bon comédiens. On a un mal fou à finir de remplir nos gourdes car ils veulent toucher au filtre. Alex se dépatouille comme il peut avec eux et on file sans demander notre reste!

L’air est moite, les nuages menaçants et on finit par se prendre une averse. Il faut s’habituer à ce climat. La terre est gorgée d’eau, les cascades ruissellent de partout, même sur la route. La végétation est composée de bambous, de bananiers et d’arbre de Noël. C’est vert, très vert. On est encore bien loin des sommets. On traverse de petits hameaux de torchis et de bambous, où le travail des champs bat son plein.

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On est sur la bonne route!

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Le riz est battu puis mis à sécher au soleil. Les femmes retirent les impuretés à la main.

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La petite vendeuse de citrons sur le place du village
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Malgré nos arrêts filtrage… Sarah a toujours soif!! ;D

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Namasté !!!!!!!
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On ne peut pas traverser un village sans croiser des animaux… et un p’tit garçon tout nu!

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Les femmes se lavent dans les fontaines, enroulées dans leurs paréos.
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Les ponts népalais jalonnent le parcours pour passer d’une rive à l’autre

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Le sentier monte et descend sans arrêt et il faut s’habituer à porter notre sac-à-dos. Environ 10kg pour les filles et 15kg pour les gars, avec l’eau. On ne porte que 2L chacun car on peut s’arrêter pomper quand on veut. En fin d’après-midi, on tombe amoureux d’une guest house colorée à flanc de paroi, avec vue imprenable sur une magnifique chute d’eau. Le spot parfait pour clore cette première journée.

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Les propriétaires de la guest house devant les portes des chambres
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La vue incroyable depuis la salle à manger de la guest house

La douche est froide, non glaciale plutôt, puisque c’est l’eau de la montagne et il ne faut pas trop réfléchir avant de se mettre dessous. Il faut savoir qu’au Népal, les chambres ne sont jamais chauffées. La pluie ayant amené le froid, on s’équipe de nos vestes et pantalons polaires, de nos grosses chaussettes et même de nos bonnets pour se coucher. On est heureux d’avoir prévu notre baume du tigre car nos trapèzes sont douloureux. Encore quelques jours avant que nos épaules soient rodées…

JOUR 2 : Chamche – Bagarchap / 8h30 – 15h45 / Alt. 1385m – 2160m / 13km / soleil jusqu’à midi puis grosse averse et petite pluie continue jusqu’à la fin

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Le plan du coin, assez sommaire et pas du tout à l’échelle!

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On fait le plein des gourdes

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On nous avait assuré que novembre était le meilleur mois pour ce trek. Pour l’instant, on cherche encore le ciel de cristal… mais nous ne sommes que le 29 octobre. L’horizont est bouché et à midi, on est obligés de se réfugier dans un petit resto tant il pleut. On se réchauffe avec une plâtrée de Chowmein aux légumes. On a du mal à repartir, on est tous gelés.

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ça mouille !

Ce soir-là, on s’arrête tôt après avoir trouvé une petite guesthouse sympa au bord du chemin. La vue commence vraiment à nous plaire. Les premiers grands sommets enneigés apparaissent.

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Notre guest house
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Les premières cimes enneigées font leur apparition en toile de fond
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Le petit temple du village

On a beaucoup de mal à se réchauffer avec la douche tiède et nos chambres, construites en planches, complètement disjointes, sont pleines de courants d’air. On se réfugie dans la salle commune, pas chauffée elle non plus et on savoure des thés au gingembre. Pour info, le gingembre et l’ail sont deux remèdes puissants contre le mal de l’altitude. On en mangera donc plusieurs fois par jour tout au long du trek. On fait la connaissance d’un couple d’Allemands super sympa que l’on recroisera chaque jour par la suite.

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Les housses des sacs en train de sécher…
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On est bien habillés pour manger! (à gauche, le petit couple d’Allemands trop sympa)
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Où que l’on aille, Bouddha veille sur nous…

Ce soir-là, on est en plein doute. Alors qu’on a investi dans de super duvets, notamment pour le Népal, toutes les personnes croisées nous ont assuré que ce n’était pas la peine de se charger avec ça, que les chambres étaient équipées de couvertures. Certes, mais ce à quoi on avait pas pensé, c’est qu’ils avaient complété le trek un bon mois avant nous et que depuis, on avait du perdre 10°C. Qu’est-ce qu’on s’en est mordus les doigts! Ne faites pas comme nous, n’écoutez pas les gens et emmenez votre duvet! Nous sommes à 2160m d’altitude et on est transis, qu’est-ce que ce sera à 5000m! On commence à se demander si on a l’équipement nécessaire pour monter. On parle de très haute montagne et ça nous fait peur. Delphine et Sarah se voient déjà redescendre en jeep à Besi Sahar et abandonner. Bref, on est tous pris de fous rires à cause de la fatigue et du froid, c’est nerveux. On se pelotonne sous 2 énormes édredons avec notre couche de vêtements habituels. Tu te maudis d’avoir bu autant de thé car sortir un seul orteil hors du lit est un vrai supplice!

JOUR 3 : Bagarchap – Chame / 9h30 – 14h / Alt. 2160m – 2710m / 14 km / Soleil jusqu’à midi puis couvert / découverte de l’Annapurna II et du Manaslu: grand moment

Finalement, avec toutes ces couches, on aura tous bien dormi. L’avantage, c’est qu’on a le teint frais au réveil ;D. Le soleil du matin a balayé nos doutes de la veille. La rando commence dans une agréable forêt de feuillus.

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Un des plus beaux Dal bhat du trek : papad, riz, dal de lentilles, patates et achards de légumes
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Le fils de la maison, qui bave sur mon pantalon
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Le sentier est parfois vertigineux
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La cascade ruisselle sur la route…les 4×4 n’ont pas de problème pour passer mais nous…
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Le balisage blanc et rouge du trek, avant le pont de singe

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On traverse de magnifiques villages de montagne.

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Mon sac fait carrément pitié à côté de ceux des porteurs!

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Girls’ power ! Cocorico !

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Le soir, Delphine et Sarah sont soulagées de constater que Chame regorge d’équipement et elles font le plein de polaires. Si ce n’est pas suffisant, on pourra encore s’approvisionner à Manang, avant le col. A l’épicerie, on fait le plein de Snickers, notre petit plaisir pendant le trek! ;D

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La rue principale de Chame, bordée de boutiques d’équipement (de contrefaçon, bien entendu!)
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L’épicerie façon népalaise, on trouve de tout…même le plus improbable

Quel bonheur de prendre une douche bien chaude et de constater  ensuite que la salle commune de notre guest house est chauffée par un poêle à bois. Du coup, c’est tout l’inverse, on est carrément en t-shirt.

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Notre petit nid douillet du jour
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Polaires, bonnet, prêts à affronter les 6° dans la chambre la nuit!

JOUR 4 : Chame – Upper Pisang / 9h15 – 14h / Alt. 2710m – 3310m / 15 km / ensoleillé dans l’ensemble mais vent glacial

Ça y est, le soleil est de retour. Les cimes enneigées commencent à être bien présentes. On s’arrête dans une coopérative de vergers. On se laisse tenter par les belles pommes rouges présentées sur une table. On en prend un kilo, ça nous changera des barres de céréales népalaises dégueulasses. Les sacs d’1 kilo sont opaques et déjà prêts. Surprise! Quand on l’ouvre, les pommes sont toutes vertes, pas mûres. On s’est fait avoir comme des bleus!

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Annapurna II (7937m)
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Annapurna IV (7525m)

La vallée qui mène à Upper Pisang a des airs d’Etats-Unis.

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Ah non, finalement, la femme n’est pas incluse! mdr

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Avant de se poser, on visite le petit temple, tout en haut du village.

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Il faut faire preuve d’une grande minutie pour peindre ces décors

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JOUR 5 : Upper Pisang – Bhraga / 9h15 – 16h30 / 3310m – 3450m / 18 km / grand soleil

Ce matin-là, il fait 1,9 °C dans la chambre quand on se réveille. Normal, on voit le jour à travers les murs et on distingue même nos voisins du dessous par le plancher. Inutile de vous dire qu’on s’habille en 3 secondes top chrono. Les fringues qu’on avait étendues dehors ont même gelé. On se précipite sur le toit terrasse en plein soleil pour déguster un petit déjeuner (patates au fromage, pour changer) avec vue, le summum!

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Notre guest house, dans un décor de rêve
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L’habitat typique du coin, incluant grenier à foin et étable

Aujourd’hui, que le spectacle commence! Plus on monte, plus c’est beau! On attaque avec une bonne côte qui nous fait prendre 400m de dénivelé en 1h. Comme on est pas tous au même rythme et que le sentier se perd dans un vrai dédale de possibilités, je me retrouve un lacet plus haut que les gars alors qu’ils sont plus rapides et entre-temps, Sarah qui ne me voyait plus derrière elle est partie à ma recherche. Bref, on arrive à reformer les troupes et tout en haut de ces lacets interminables, on se retrouve face à un stupa surveillant les monts enneigés. On en prend plein les yeux et on reste un long moment à contempler ce magnifique décor que nous offre la nature. Une petite mamie essaie à tout prix de nous vendre ses beignets à la pomme. Au bout de sa quatrième tentative et devant son air implorant, on en achète 3 à 100 rps. Pour nous, c’est seulement 80 cts, pour elle, en dépend sûrement sa survie. S’ensuit un long chemin en balcon où on arrive pas à décoller nos yeux de la vue.

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Les pierres gravées de prières nous accompagnent tout au long du chemin
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Et vous trouvez ça drôle?

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Vue imprenable sur l’Annapurna II

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Contemplation…

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La p’tite dame insistante avec ses beignets à la pomme…excellents!

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Nous découvrons Ngawal au détour d’un lacet, splendide!

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Nous traversons ensuite un plateau herbeux et redescendons tout ce que l’on vient de monter (ça, c’est les boules!) jusqu’à une rivière, où une anglaise et son fils nous conseillent le « Upper trail » qui mène directement à Bhraga.

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Oh my god! Au lieu de rejoindre la route principale qui longe la vallée, nous nous engageons dans un sentier hyper raide et poussiéreux en lacets. La montée est interminable et en cette fin de journée, je débranche mon cerveau. Ça tire beaucoup. Avec Sarah, on a le même rythme. Alex, Delphine et Rémi sont en tête. Je suis bluffée par Delphine qui est asthmatique et qui grimpe comme si de rien n’était! Une pause barre de céréales s’impose pour finir la journée. Elles ont un goût immonde (évitez la marque Moutain Man!) mais il faut bien écouler l’énorme stock qu’on a fait avant de partir! C’était dur, mais la vue là-haut sur le plateau en valait bien la peine.

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Nos corps commencent à souffrir de la distance et du vent glacial. Encore 1h pour rejoindre Bhraga. Chacun de nos pas fait s’envoler un nuage de poussière, qui nous recouvre bientôt de la tête aux pied. De nouveau, ça descend dur. Bhraga apparaît au loin. Quoi, c’est ça? Mais c’est un village fantôme! La partie haute du village semble totalement abandonnée. On prend donc à gauche pour rejoindre la partie basse, là où les quelques guest houses sont agglutinées au bord de la piste. En passant devant les maisons que l’on croyaient en ruines, il se trouve qu’en fait, elles sont bel et bien habitées! Incroyable… quel environnement hostile! Dans le premier lodge, ils nous font payer les chambres, dans le deuxième, c’est complet, on atterrit donc au Buddha hôtel.

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Ils ont des douches bien chaudes chauffées au gaz… on revit! Le poêle tourne dans la salle commune. Je me régale avec la meilleure soupe à l’ail depuis le début du trek. Les népalais sont très forts en cuisine. On se laisse également tenter par les petits pains frais faits maisons à 80 rps…presque aussi bons qu’en France. On est tous crevés et on décide de ne pas aller au Ice Lake (rando d’acclimatation) le lendemain et de plutôt prendre une journée de repos. Comme d’hab, on est au lit à 20h (des fois, c’est 19h ;D). Comme on a le droit qu’à une seule couverture, on enfile toutes les couches les plus chaudes qui existent dans notre sac-à-dos: pantalon thermique, chaussettes polaires, haut en laine mérinos, polaire, tour de cou et bonnet (et gants en soie pour moi!). Voilà notre pyjama! Finalement, il fera 12°C dans la chambre et on dormira très bien.

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Le remplissage des gourdes, la corvée du soir, ici, dans les toilettes de la guest house!
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Le pyjama du trekkeur… parés pour la nuit fraîche qui s’annonce…

JOUR 6 : day off / Bhraga – Manang / Alt. 3450m – 3540m / 2 km / grand soleil

On laisse nos sacs à l’hôtel pour aller visiter l’ancien village de Bhraga (celui que nous pensions abandonné). Le temple est en reconstruction. C’est un vrai dédale de ruelles, de toits terrasses et d’escaliers en bois. On s’amuse à se perdre dans ce labyrinthe. Les maisons en pierre sont très rapprochées afin que le vent ne s’engouffre pas dans le village. On y croise vaches et chevaux en liberté, ainsi que de nombreux anciens portants sur leurs dos des charges énormes de bois ou de paille. Ils plient sous le poids de leur fardeau. On trouve que nos sacs sont lourds mais ce n’est rien à côté de ce qu’ils charrient à longueur de journée. On prend de la hauteur et de la colline d’en face, on a une vue splendide sur l’ensemble. En contrebas, des Népalais dépècent un yak sur la pelouse. Pas de photo car âmes sensibles s’abstenir! On croise un porteur qui transporte la tête sanguinolente dans sa hotte.

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On récupère nos sacs et on se met en route pour manang, à 1/2 heure d’ici. Là encore, la vallée désertique est féerique. Le trafic de marcheurs se fait plus dense car Manang, c’est LE rendez-vous pour s’acclimater avant de passer aux choses sérieuses.

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On s’attendait à un gros complexe touristique et moche mais au lieu de ça, on est très agréablement surpris. Certes, il y a un bon nombre de guesthouses pour accueillir la foule de trekkeurs que nous sommes mais quand on poursuit sur la route principale, il y a aussi une vraie vie de village avec ses porteurs, ses bergers et troupeaux, ses femmes au foyer et ses enfants barbouillés de poussière. La vie y est très rude et on fait un énorme bond en arrière dans le temps.

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Les peaux de yak sont couvertes de sel puis séchées au soleil pendant 4 jours, avant de servir d’assises.

Après s’être faits refouler de deux guest houses déjà complètes, on en trouve une un peu en retrait. On n’arrive pas à négocier la chambre gratuite mais bon, on ne va pas tergiverser pour 100 rps, surtout que la nourriture est plus que correcte. On y retrouve nos Allemands! Les gars se dévouent pour prendre la chambre de 2, froide et humide, tandis qu’on fait nos chochottes et qu’on prend celle de 3 au soleil. Après une lessive, on part visiter le coin.

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Sarah et Delphine partent de leur côté manger dans un boui-boui, tandis que nous, on va s’acheter les délicieux fromage et salami de yak qu’on avait repérés, ainsi que des petits pains. Bizarrement, le coin compte un grand nombre de boulangeries et on trouve facilement du pain, du carrot cake, des forêts-noires ou des cinnamon rolls. Forcément, tous les étrangers se jettent dessus car ça change des patates et des nouilles quotidiennes!

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De loin, on avait cru repérer un lac et on décide d’aller pique-niquer au bord. Magnifique! De là, on a une vue imprenable sur le glacier et la ville, perchée au bord de la falaise.

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On se délecte de nos provisions et on ne tarde pas à remonter car on s’est offert le luxe d’une séance de cinéma. Eh oui, improbable ce cinéma à 3600m… Au choix: 7 ans au Tibet, Himalaya, Sherpas, Everest… y’a pas de lézards, on est dans le thème! ;D On a choisi Everest. Pour 250 rps (environ 2€), le thé et le pop-corn sont même inclus avec la place! On s’installe et là… pas de son! Impossible de trouver comment les haut-parleurs fonctionnent. Du coup, ils nous mettent dehors, nous remboursent et nous indiquent la salle de projection d’en face. On leur demande s’ils passent Everest et la réponse est oui, à 17h. Juste le temps de rentrer commander notre repas du soir et préparer notre lit. À 16h, les montagnes étant tellement hautes, que le soleil se cache derrière et il commence à faire vraiment très froid. On sera bien au chaud. Des bancs en bois, des peaux de bêtes dessus, un poêle à bois, excellent.

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On rigole bien quand on se rend compte que c’est un film téléchargé avec, de temps en temps, quelques traductions en coréen qui s’affichent en haut de l’écran! Avec Alex, on avait déjà vu ce film dans un « vrai » cinéma mais on prend beaucoup de plaisir à le revoir, surtout dans cet environnement! ça change tout… Les murs étant peu épais, on est morts de rire quand on entend un cheval hennir à côté alors que dans le film, la cordée avance péniblement sur un glacier! Cherchez l’erreur… ;D Ah bon, il y a des chevaux sur l’Everest? trop drôle… 10 minutes après le début du film, on nous apporte du black tea et un sachet de pop-corn chacun, le grand luxe! Le film (tiré d’une histoire vraie) est super émouvant et on se réconforte autour d’un dîner, servi près du poêle. Cette journée de repos est vite passée et demain débute notre ascension vers le Tilicho Lake, à 4900m d’altitude. Ce sera notre randonnée d’acclimatation.

JOUR 7 : Manang – Tilicho Base Camp / 8h30 – 14h45 / Alt. 3500m – 4160m / 15 km / grand soleil

Nous quittons notre guest house sous un ciel de cristal mais le froid est vif. On a du mal à trouver le début de la rando et on fait demi-tour deux fois. Enfin, grâce à l’aide de deux petites grand-mères, on trouve le panneau « Tilicho Lake » qui nous met sur la bonne voie. Le chemin est très poussiéreux et en balcon, dans les éboulis. Il faut faire gaffe où on met les pieds et rester concentrés, ce qui est assez difficile vu ce qui nous entoure!

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Nous faisons viser nos permis de trek avant de quitter Manang

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Quand on vous dit que c’est spartiate!

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Ça grimpe dur et on approche des 4000m… l’oxygène commence à se raréfier et on prend cher dans les montées. La deuxième partie de la rando est très aérienne et éblouissante. Les pitons rocheux se dressent au milieu des éboulis. Un pas de travers et on se retrouve tout en bas, on fait super attention. On double encore une grand-mère qui grimpe en chaussettes…hallucinant! Nous sommes suivis par une caravane de mules acheminant la nourriture jusqu’au hostels du base camp. Je les laisse me doubler pour pouvoir les filmer. Leurs sabots dérapent et elles ont à peine la place de doubler les marcheurs, si bien qu’une allemande doit carrément se mettre dans la pente pour laisser passer le convoi, se qui crée une mini avalanche de pierres.

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On arrive assez crevés au base camp. Il reste seulement un dortoir de 11 lits, froid et sombre mais on a pas vraiment le choix car tout est complet. L’accueil est très moyen car, clairement, ils voient défiler tellement de monde qu’ils en sont blasés. Comme on s’y attendait, tout est très cher. Il n’y a pas d’accès par la route, ici, c’est le bout du monde. Il y a quand-même une douche chaude dans ce coin perdu et ça, ça remonte le moral! Heureusement qu’on est arrivés tôt car bientôt, une longue file d’attente grelottante patiente devant la douche. Même avec toutes nos couches, on a froid dans la salle commune, que le poêle ne parvient pas à réchauffer. Ça grouille de monde et c’est la bagarre pour les chaises. Delphine et Rémi ne se sentent pas très bien. On fait donc un point tous ensemble sur la situation. Il est très probable qu’on aille pas jusqu’au lac car Delphine a très mal à la gorge et craint pour ses bronches. Rémi est fiévreux et tremblant. Il fait de l ‘œdème. Quelques parties de tarot plus tard, on se couche à 20h30. Eh oui, on a fait des folies ce soir! ;D On va se coucher à reculons dans notre grotte. Les couettes sentent les pieds et la crasse…hummm! Vive le drap de sac! Malgré les odeurs, l’humidité et le gel, la fatigue a raison de nous ce soir là.

JOUR 8 : Tilicho Base Camp – Manang / 8h30 – 13h30 / Alt. 4160m – 3500m / 15 km / grand soleil et vent

Au matin, Delphine et Rémi sont encore faibles. Ils se mettent à douter de leur capacité à passer le col. On décide donc de ne pas monter au lac et de redescendre à Manang pour poursuivre l’acclimatation à une plus faible altitude. On a le temps, c’est l’avantage. Nous ne sommes pas, comme la plupart des trekkeurs, contraints par nos 2 ou 3 semaines de congés qui nous obligeraient à respecter un timing précis, quitte parfois à monter trop rapidement. La vue sur les glaciers est à couper le souffle. Quelques photos et c’est reparti pour le chemin de la veille en sens inverse. Les paysages sont toujours aussi grandioses.

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Ce porteur va parcourir 15 km avec ces matelas sur le dos…

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Retour sur Manang

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On arrive tôt à Manang et on tente de réserver deux chambres dans un hostel. Quand on leur dit qu’on souhaite juste louer les chambres et manger à l’extérieur, ils refusent tout net. On se rend donc à celle qu’on avait repérée le premier jour mais qui était complète et on pose la même question. On nous propose 1000 rps/ pers. Hors de prix pour le Népal! Ok, on prendra donc nos repas ici. Leur business est bien rôdé… L’accueil est sympa, les chambres propres et ils tiennent même une boulangerie. La terrasse sur le toit en plein soleil ne gâche rien. Comme il n’est pas très tard, on décide de manger dans un boui-boui. Le premier ne veut pas nous servir car il est 14h, trop tard pour eux. Dans un autre, on a une magnifique vue sur le lac depuis la salle. On se régale de citron chaud, de pain tibétain et surtout…on mange les meilleures nouilles au fromage et à l’ail de la planète! On se regarde tous…ok, on reviendra demain! ;D Après un petit passage à la pharmacie pour acheter de l’aspirine en prévision de notre ascension, on termine le repas par une viennoiserie ou une part de gâteau à notre auberge. On termine la soirée en jouant au tarot et au dés. Il fera 9°C dans les chambres cette nuit là.

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JOUR 9 : day off / journée acclimatation / Manang / grand soleil et vent glacial / 9°C la nuit

Rémi et Delphine vont mieux. On décide de monter au point de vue au-dessus du village. Le lieu est envahi de drapeaux de prière, tout le long de la crête. De là-haut, on a une vue sublime sur le glacier De Gangapurna et le lac turquoise. On passe un long moment, à 3800m, à admirer ce paysage grandiose autour de nous et à remplir nos poumons de cet air pur.

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Manang vu de la crête

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La descente est abrupte et nous ouvre l’appétit. On retourne donc dans notre boui-boui préféré. Les prix sont tellement imbattables que l’on prend deux plats chacun. Gourmandise, quand tu nous tient! Le reste de l’après-midi, c’est farniente sur le toit terrasse. Pendant que Sarah lit, je couds le drapeau du Népal sur mon sac et Alex se perfectionne en photo. Rémi et Delphine, eux, sont partis assister à la conférence sur le mal des montagnes, animée tous les jours à 15h par une médecin galloise. On apprend qu’à Manang, nous n’avons que 64% de notre capacité respiratoire. Au col, ce sera moins de 50%. Le mal aigu des montagnes est à prendre très au sérieux car il peut mener jusqu’à la mort si on ne prend pas en compte les signes d’alerte. 6 rapatriements ont eu lieu au cours des 2 derniers mois. Mais on fait ce qu’il faut pour l’éviter. Et la prévention au Népal est très bien faite.

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Panneaux de prévention

Petite anecdote du soir : je demande à la patronne de réchauffer mon plat de macaronis au thon dans son micro-ondes (le seul qu’on ait jamais vu ici!). Elle sort l’assiette, plonge ses doigts poussiéreux dans mes pâtes et me la tend avec un grand sourire: « Ok, good! » Des pâtes aux doigts…miam! Mdr.

JOUR 10 : Manang – Yak Kharka / Alt. 3500m – 4150m / 14 km / grand soleil

Aujourd’hui est une petite journée car on commence à monter en altitude et on doit laisser à notre corps le temps de s’acclimater. Nous partons pour un petit 3h30 de montée. Les vendeurs ambulants de bijoux le long du chemin nous mendient de l’eau et avec Sarah, on leur donne un peu de l’eau que l’on vient de filtrer dans une cascade. Parfois, on retrouve ces petits vendeurs très haut, dans des endroits improbables, où ils proposent bijoux, barres chocolatées et sodas aux touristes qui seraient à sec de provisions. Nous traversons un petit hameau où une vieille dame récolte les aiguilles d’un gros tas de branches de sapin. Elle nous apprend que c’est pour les brûler et pour que ça sente bon. Astuce à retenir! ;D Puis le chemin se poursuit en balcon, avec une vue magnifique sur les Annapurnas, puis sur les Chulus. Depuis le début du trek, on était plutôt seuls sur les sentiers car le nombre important de villages sur la route permettait de disperser les gens. Là, c’est une autre histoire. On est presque à la queue leu leu. Des groupes de 15 personnes qu’on avait jamais vus jusque là apparaissent tout à coup. Le sentier se pare de chenilles colorées. On sait que les dernières étapes vont être bondées car les 200 trekkeurs qui passent le col chaque jour s’arrêtent aux mêmes endroits, peu nombreux sur la fin. On fait donc nos malins et on s’arrête dans une petite guest house 800 m avant le village principal. Certes, ils nous donnent les 2 plus belles chambres. On voit bien que le reste est un peu délabré. On voit même une souris ou un rat sortir de la chambre d’en face. Mais bon, les wc et les chambres sont propres et l’accueil très chaleureux. Comme il fait très froid et que la douche n’est autre qu’un seau d’eau chaude, on en a pas le courage et on s’en passera ce soir! Les deux garçons népalais ont un sourire permanent sur leur visage et nous cuisinent de délicieux chowmein au fromage. On est tous seuls. Ils font tout pour qu’on soit bien et ça me rend un peu triste car on sent bien que l’établissement est en train de péricliter, vu que tout le monde se tasse dans le village d’après. Avant de se poser, on leur laisse nos sac-à-dos et on se remet en route pour 200m de dénivelé supplémentaires. En effet, il est conseillé de monter plus haut que l’endroit où l’on dort. On applique ces conseils à la lettre et pour le moment, personne n’est malade. Pour changer, on termine l’après-midi à jouer au tarot et on arrive à joindre Marion et Coline qui viennent d’essuyer un violent typhon au Viêt-nam. Elles vont bien et nous sommes rassurés. Le petit poêle à bois peine à réchauffer la salle aux immenses baies vitrées. Sympa pour la vue, pas pour le froid!

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Chowmein au fromage et thé au gingembre… la base de notre alimentation pendant le trek!

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Pour ceux qui n’auraient pas de filtre, on peut aussi remplir nos gourdes dans ces stations.

JOUR 11 : Yak Kharka – Thorang Pedi / 8h30 – 12h / Alt. 4050m – 4450m / 6 km / grand soleil

Malgré les 3°C qui règnent dans notre chambre au réveil, nous commençons la journée par un fou rire. Alors qu’on s’habille pour affronter le froid au-dehors, Sarah débarque avec un emballage de Snickers vide. Les souris ont déchiqueté son sac et n’ont fait qu’une bouchée de la barre chocolatée, avant de chier sur sa serviette de toilette! On est morts de rire. Il est vrai que je suis tombée sur une souris en allant aux WC et que je les ai entendues courir toute la nuit…

On ne tarde pas à se mettre en route pour rejoindre la partie ensoleillée du sentier, après avoir filtré notre eau dans le torrent voisin. Il y a de plus en plus de monde sur le sentier. Le manque d’oxygène commence vraiment à se faire sentir. Mais on a la pêche tous les 5 et on arrive tôt à Thorang Pedi. Et heureusement! Toutes les auberges du bas sont surbookées. On tente donc notre chance un peu plus haut. Là encore, c’est complet mais l’adorable tenancière nous propose d’installer des matelas dans le réfectoire. Chouette, ce soir, c’est colo, et en plus, on dort près du poêle! On propose de les aider à éplucher de l’ail et on se retouve, avec Alex et Delphine, assis par terre sur des peaux de bêtes à éplucher une montagne de gousses d’ail. Il vaut mieux aimer ça, ici, car on en trouve dans tous les plats. La cuisinière nous remercie en nous offrant du thé.

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Une fois terminé, c’est reparti pour notre deuxième session d’acclimatation. On laisse nos sacs et on repart pour une ascension jusqu’au camp de base, à 4900m. Demain, c’est le grand jour. On passe le col du Thorang La à 5416m. La pente est raide et le souffle est court mais tout le monde tient le choc et on peut admirer tous ensemble le point de vue époustouflant qui s’offre à nous. Il n’y a pas de mots pour décrire la haute montagne népalaise. C’est du pur bonheur.

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Un petit arrêt symbolique à l’altitude de notre Mont-blanc national !
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Au fond, une chaîne de sommets à plus de 6000 m
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4950 m !

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On reste un peu en haut pour faire monter les globules rouges puis on redescend commander notre dîner du soir, plein d’ail et de gingembre! ;D On patiente en jouant aux cartes. On dîne à 17h, histoire de pouvoir se coucher tôt. Encore une fois, pas de douche. De toute façon, ça fait plusieurs jours qu’on a pas d’eau le matin car les canalisations sont gelées. Et ici, pas d’eau courante. Elle est acheminée par porteurs alors c’est un bien encore plus précieux. On a hâte qu’ils allument le poêle car on commence à perdre nos doigts de pied. (vous aurez compris que le froid est un grand sujet pendant ce trek!) C’est à ce moment que débarque un groupe de Chinois, dont une ne se sent vraiment vraiment pas bien. On apprend qu’ils arrivent de Manang… c’est de la folie. Ils ont tous une tête de déterrés et on comprend qu’ils ne pourront pas aller plus haut, où leur auberge les attend. On se faisait une joie de passer une bonne nuit mais visiblement, on ne dormira pas à 5 dans le réfectoire mais plutôt à 20. La mise en place du couchage est un vrai sketch. Les bancs et les tables sont sortis dehors (en arrachant la porte au passage). Comme on est les « étrangers » et qu’on est arrivés en premier, on nous donne de bons matelas, ainsi que des oreillers et des couvertures. Pareil pour les Chinois. Eux s’en foutent, ils grattent tout ce qu’ils peuvent pour être confortables, alors que, à cause de leur négligence, les 9 porteurs et guides, pas du tout bien équipés, grelottent au milieu de la salle. Ils ne vont pas dormir dehors quand-même? Ils semblent résignés et cette vision nous est insupportable. On se serre le plus qu’on peut, on s’installe têtes-bêches et on leur récupère un matelas, deux oreillers et deux couvertures, que, même s’ils dorment par terre, ils aient un minimum de confort tout de même. Il règne une anarchie totale pendant une bonne demi-heure, le temps que tout le monde s’installe. Il y en a partout… ah, on s’en souviendra! Même la patronne filme la scène! Finalement, à 20h, tout le monde dort. Beaucoup vont se lever à 3h ou 4h du matin pour attaquer le col. Nous on partira après, avec le soleil, histoire de pas se peler les miches et surtout, profiter de la vue!

JOUR 12 : Thorang Pedi – Muktinath / 6h45-14h10 / Passage du col à 5416m / 16 km / Grand soleil / 3h15 de montée jusqu’au col

Finalement, on aura super bien dormi! On s’est tenus chaud à tout ce qu’on était! Le réveil à 5h a piqué un peu, surtout qu’il faut s’extraire de la couette alors que les vitres du refuge sont gelées de l’intérieur. Il règne un bordel sans nom… si on oublie rien, on aura de la chance. Beaucoup sont déjà partis. Les Chinois décident de monter le col, malgré que leur groupe est malade. En partant, ils laissent derrière eux tous leurs déchets. Ils nous auront vraiment emmerdé jusqu’au bout! ;D Du coup, au p’tit dèj, il ne reste plus que nous et un Italien. A 6h45, on démarre tranquillou après avoir fait nos adieux aux proprios trop sympas.

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Comme on a laissé passer le gros du flux, on est tranquilles sur le sentier et on peut aller à notre rythme. Le meilleur moment, c’est quand on passe au soleil. Alex et Rémi sont en tête, avec Delphine, on les rejoint très vite au base camp. On attend Sarah et on repart aussitôt pour ne pas geler sur place.

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Plus on monte, plus le paysage est à couper le souffle. On dépasse nos amis Chinois qui sont à l’agonie. Leur guide népalais se plaint auprès de nous qu’ils n’écoutent rien! Sans blague… ça nous étonne pas trop. On croise aussi pas mal de mules qui redescendent chercher les gens qui sont trop faibles pour monter. Quand on les croise, on a droit à « need a horse? ». Quoi, On a l’air si mal que ça?

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Au-dessus de 5000m, on commence sérieusement à chercher notre air. On dépasse des gens livides ou titubant. Il y a même une fille qui pleure au bord du chemin…pas très rassurant tout ça! Il est vrai que c’est un des efforts les plus difficiles que j’ai eu à faire dans ma vie. Dès qu’on accélère un peu, on se met à suffoquer et il est très difficile de retrouver son souffle. Du coup, on avance extrêmement lentement. Alex et Rèm sont quelques dizaines de mètres devant Delphine et moi. Sarah reste à son rythme, légèrement derrière. Au-dessus de 5200m, ça devient un combat contre soi-même. J’ai l’impression d’avoir bu une coupe de champagne, alors que pas du tout! Je décide de compter 20 pas, puis de faire une pause. Delphine a ralentit, je lui conseille de faire la même chose. On se soutient mutuellement. On croise également des porteurs népalais qui n’ont pas l’air en forme. Le mal des montagnes ne touche pas seulement les visiteurs. Qu’est-ce qu’ils sont sympas, ces Népalais! Ils nous ont encouragés tout le long, avec leurs grands sourires. Quand, au loin, on aperçoit les drapeaux de prière, on sait qu’on va bientôt arriver et ça nous redonne un peu de force. 5416m d’altitude… on l’a fait! On saute de joie et on se félicite avec d’autres personnes rencontrées lors du trek et que l’on retrouve là-haut. Sarah arrive… on fête ça tous ensemble.

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Puis on monte à 5435m pour profiter du magnifique panorama qui s’offre à nous. Instant de plénitude totale… le soleil brille, on reste une bonne heure au col pour en profiter à fond, après avoir enfilé toutes nos couches chaudes.

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Avec Rèm, on a une énorme pensée pour notre Papa, fan d’alpinisme, qui aurait adoré ce trek. Un moment très fort en émotions pour nous. Le temps d’attacher nos drapeaux de prières aux centaines d’autres qui claquent au vent et il est temps d’attaquer la descente.

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1600m de dénivelé négatif sur 10km, ça descend raide dans la poussière et les cailloux.

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De l’autre côté, le paysage change radicalement. Il y a un canyon, on retrouve des arbres. Au loin, se profile le massif du Mustang. La vue sur la vallée de Muktinath est magique.

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On y arrive vers 14h. La partie haute de la ville est plutôt glauque et les deux premières guesthouses que l’on tente sont déjà full. On s’enfonce donc dans la ville et on tombe sur une charmante place qui nous attire aussitôt. La première guesthouse est trop sale et lugubre, la deuxième est complète, la troisième est la bonne. On négocie un peu les chambres car ils se font bien plaisir. Et oui…tout le monde est obligé de passer par là!

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On profite des derniers rayons de soleil sur la terrasse et une horde de petites filles se jette soudain sur Alex et Rémi. La barbe de Rèm a beaucoup de succès! Les gars s’amusent à les faire tourner en l’air et elles deviennent vite collantes et surexcitées. Impossible de s’en dépêtrer. Trop drôle.

Pendant ce temps, avec Delphine, on va observer la femme qui tisse de magnifiques écharpes en laine de yak sur son métier en bois. Elle nous fait faire le tour de sa boutique et on craque sur beaucoup de choses.

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On continue à visiter le village. Le Népal offre un spectacle permanent. Dans la rue, il faut se frayer un passage entre les chevaux, les yaks et les chiens. Les abords sont parsemés de petits vendeurs ambulants de bijoux, d’objets bouddhistes ou de vêtements en laine de yak. Les gens se lavent dans les fontaines. Les enfants jouent dans la poussière. Les hommes débitent des chèvres à même le sol. On s’approche pour observer le « boucher » en action. Ils passent des sabots de chèvre au chalumeau. On leur demande à quoi ça sert: « Mais à faire une bonne soupe, bien sûr! » Ah, ok ! miam miam…

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Bref, on adore cette agitation et ces méthodes d’un autre temps, même si on prend bien conscience de la rudesse de leur vie. Et malgré ça, ils sont souriants et toujours prêts à discuter et blaguer. Le Népal… un GROS coup de cœur!

JOUR 13 : Muktinath – Kagbeni / 11h45 – 14h / Alt. 3800m – 2800m / 10 km / grand soleil et vent violent

Le petit déjeuner est à la hauteur du dîner de la veille : insipide. C’est bien la première fois que nous sommes déçus par la nourriture. Avant de quitter l’hôtel, on part tous les quatre visiter la ville et notamment le temple hindou qui avait attiré notre attention en arrivant. Sarah a été malade toute la nuit et reste se reposer. À peine sortis, on est alpagués par les vendeuses de tricots. Elles essaient, avec leurs grands sourires, mais n’insistent pas trop. Même si on n’a absolument pas la place pour des souvenirs… on craque. La confection puis la vente d’objets fait-mains est leur principale source de revenus.

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Muktinath est un centre de pèlerinage important et attire de nombreux Indiens en quête d’absolution ou de remède à leurs maladies. Nous arrivons au niveau des sources sacrées. Un homme nous explique qu’il vient expier ses pêchés par des bains successifs dans l’eau glacée. Dans le petit temple, un monk leur applique la tika sur le front, noyé dans un nuage d’encens, tandis qu’ils sortent de leur portefeuilles les gros billets. J’ai toujours eu du mal avec ça…l’ambiance est assez spéciale. Sans essayer de porter de jugement, nous observons les files de fidèles déposant leurs offrandes sur l’autel.

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La vue sur Muktinath depuis le temple. Au fond, le Dhaulagiri (8167m).

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Le petit chemin nous mène vers un gros boudin bouddha noir, puis, plus loin, sur les hauteurs, vers le bouddha doré, avec en fond, le désert et la chaîne du Mustang, magique!

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On passe récupérer nos sacs et prenons la route de Kagbeni, aux portes du Mustang. La route, fraîchement goudronnée, mais déserte, descend doucement le long de la vallée. Les panoramas sont sublimes. Je verserai presque une larme devant tant de beauté. Quelle chance incroyable nous avons.

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Le petit village de Jharkot

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Les barils de goudron ont été abandonnés au bord de la route. Quelqu’un viendra-t-il un jour les chercher? On en doute…

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A un moment, le vent se lève jusqu’à devenir très violent. Il soulève des nuages de poussière qui nous fouettent le visage. On avance courbés, ou de dos, pour ne pas trop avaler de sable. En contrebas, Kagbeni apparaît soudain. Une véritable oasis, une touche de vert dans cet environnement pierreux et hostile.

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La ville, elle aussi, est fouettée par le vent et la plupart des habitations sont enterrées. C’est ainsi que nous entrons dans notre guesthouse par le premier étage, la salle commune étant en sous-sol. Des puits de lumière rendent le tout très lumineux.

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Ce village nous ensorcelle par son ambiance particulière. On se croirait en Afghanistan. C’est un des plus beaux qu’on ai vu. Les ruelles étroites, bordées de maisons en torchis, ressemblent à un décor de cinéma. Il s’agit de la porte d’entrée dans le parc du Mustang. On arrive encore à être dépaysés sans changer de pays. La visite de ce village semble irréelle et le vent, incessant, nous abrutit.

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Ahah!

Au moment du dîner, nous subissons une coupure de courant. Ce n’est pas la première fois. Le réseau n’est pas des plus performants. Seules deux lanternes rouges, alimentées par un générateur, nous éclairent. Le top, c’est quand la cuisinière dépose des braises encore rougeoyantes dans le brasero sous la table. C’est ce qu’ils appellent les « fire table ». La table est bordée d’épaisses couvertures, jusqu’en bas. Tu glisses tes jambes en-dessous et tu laisses la chaleur te réchauffer les pieds… un vrai bonheur! Du coup, c’est la première fois, en 13 jours, que nous ne sommes pas congelés pendant le repas! ;D

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En discutant avec mon voisin le guide, il me conseille d’arriver à Jomoson avant midi pour éviter la tempête de sable qui se lève tous les jours à partir de 11h et être sûrs d’être à l’heure à la banque qui ferme à 13h et pour 2 jours. En effet, nous sommes à sec et nous pensions trouver un distributeur là-bas. Mais apparemment, ils ne marchent pas. Trouver des sous ici est un vrai problème. Le Népal étant un des pays les plus pauvres et endettés de la planète, il est très rare de trouver un distributeur qui fonctionne où qui contienne assez d’argent. La plupart du temps, ils n’acceptent même pas les cartes étrangères.

JOUR 14 : Kagbeni – Tukuche / 8h30 – 15h / Alt. 2800m – 2590m / 21 km / grand soleil + vent fort à partir de 11h30

Aujourd’hui, objectif Jomoson avant 12h. Le petit déj tarde un peu et on arrive pas à décoller avant 8h30. Il faut 3h pour rejoindre Jomoson, on part donc au pas de course et on se met un peu la pression. On suit un local qui nous ouvre la voie entre les différentes pistes possibles, les méandres de la rivière et les pelleteuses qui déchiquettent les parois de la montagne pour élargir la route. On en bouffe de la poussière!

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On a tellement galopé qu’on atteint la ville au bout d’1h40! On constate de nos propres yeux que les 2 distributeurs ne fonctionnent pas. Mais comment peut-on faire? Il nous reste 5 jours de trek. Heureusement, Delphine et Rèm ont des € et nous avons des $. On a pas d’autre choix que de faire du change. Ah ça, ça ne manque pas, les bureaux de change! On a clairement l’impression que c’est fait exprès mais bon… l’Allemand devant nous est dans le même cas. Petit conseil pour le Népal : prenez des devises avec vous!

Après Jomoson, on passe de l’Afghanistan au Canada. Un torrent turquoise, des sapins…c’est beaucoup plus vert d’un coup. Par contre, on subit un violent vent de face. On est obligés de se couvrir totalement. Les quelques passages sur la route sont les plus pénibles car les 4×4 et les bus, qui roulent comme des cinglés, nous envoient leurs nuages de poussière. On en a plein le nez et la bouche. Dans le journal du matin, on a lu qu’encore un bus avait fini au fond du ravin. 31 morts. Tu m’étonnes, ils prennent de gros risques sur ces routes étroites et instables.

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Le charmant village de Marpha

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Le sèche-linge népalais!

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Sur la rive droite, la route et ses nuages de poussière

On devait dormir à Marpha mais on pousse jusqu’à Tukuche. On essaie de rallonger un peu les étapes car notre visa expire bientôt! On y trouve une charmante guest house de style. La ville se situe sur l’ancienne route commerciale avec le Tibet, comme le prouvent les bâtiments cossus du centre.

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Du toit, on peut admirer le coucher de soleil sur la chaîne des Nilgiris (6839m-7061m)

JOUR 15 : Tukuche – Ghasa / 8h30 – 16h / Alt. 2590m – 2010m / 18 km/ grand soleil

On traverse une foule de petits villages typiques où les femmes lavent leur linge dans les fontaines et leurs enfants, dehors, dans de grandes bassines en métal. Les hommes passent la charrue à bœufs dans les champs. On a aussi vu une moto se mettre à terre à cause d’une poule! Les animaux sont vraiment partout…

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Malgré leurs conditions de vie qui nous paraissent très difficiles, les Népalais restent souriants et nous lancent de grands »Namastééééééé! » à notre passage. Je ne sais pas combien de fois nous aurons répondu la même chose mais ça doit être impressionnant! Vers midi, alors que l’on interroge un groupe de jeunes garçons à propos d’un petit resto où l’on pourrait manger local et pas cher, Ashish se propose de nous accompagner. Ah c’est sûr, on aurait pas trouvé tous seuls car il n’y a aucune enseigne. En fait, on a l’impression d’être chez des gens. On y goûte le dhindo, la version traditionnelle du dal bhat. Le riz est remplacé par une sorte de porridge à base de farine d’orge. On peut dire que ça tient au corps! On passe un bon moment avec Ashish mais au moment de payer, ça sent l’entourloupe! Ils nous demandent combien on serait prêts à débourser pour ce plat. En fait, il n’y a pas de prix, ils essaient d’en tirer un maximum. On reste sur une note un peu amère.

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Ashish, en haut, au centre

On reprend notre route, bien alourdis ;D, sur de magnifiques petits chemins de forêt.

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On voit de moins en moins de marcheurs. La plupart s’arrête à Jomoson et reprennent l’avion, le bus ou une jeep, mais nous, on se dit qu’ils ratent quelque chose. Jusqu’au bout, il y a vraiment des choses à voir. On se trouve une petite guest house tranquille, où l’on est seuls. La douche froide nous rappelle le début du trek. On dort à 5 dans la même chambre.

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JOUR 16 : Ghasa – Ghara / 8h30 – 16h30 / Alt. 2010m – 1700m / 21 km / grand soleil

Nous continuons notre descente, tantôt sur la route poussiéreuse, tantôt sur un chemin en balcon longeant la falaise et traversant de petits villages pittoresques.

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Il y a aussi de longues séries de marches.

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On est dimanche et pourtant, on croise de nombreux écoliers qui parcourent plusieurs km, parfois avec des montées très raides, pour quelques heures de classe. Hommes et femmes, parfois très âgés, s’activent dans les champs et on ne se lasse pas de les observer.

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À midi, on est déjà bien entamés. Il faut qu’on se réhabitue à cette chaleur moite. On s’accorde une pause dans un petit routier à Tatopani, pour un énième dal bhat. Il ne servent que ça de toute façon! La petite terrasse est sympa. Ça grouille de locaux donc c’est bon signe. En effet, délicieux, et on se fait resservir copieusement. Autour de nous, les enfants gambadent tranquillement dans leurs pyjamas crasseux et la viande sèche, pendue au mur. Une petite marchande ambulante arrive avec un énorme sac. Elle vient proposer aux habitants isolés tout un choix de vêtements, de toutes sortes et dans toutes les tailles, notamment des contrefaçons de la marque The North Face, leur spécialité! ;D

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Voilà pourquoi nous avons essayé d’éviter la viande au maximum! ;D
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La boîte à l’entrée des WC. Pour un pipi (= short), c’est 5 rps. Pour un caca (= long), c’est plus cher!

On aurait bien fait la sieste mais au lieu de ça, on se dit que ça serait bien de continuer jusqu’au prochain village pour réduire un peu l’énorme étape du lendemain. Après un arrêt au check post pour le contrôle de nos TIM’s, c’est reparti pour 500m de dénivelé positif. Alex souffre énormément à un pied et on est tous crevés mais franchement, cette deuxième partie au milieu des pierres moussues et des rizières est assez féerique. La pente est raide et la majeure partie est constituée d’escaliers, enfin plutôt, de grosses dalles qui ressemblent étrangement à du marbre, la classe!

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En arrivant à Ghara, on tente notre chance dans la première guest house qui se présente. Les gens ont l’air gentils et la vue de la terrasse nous fait rêver, de prime abord. On a beau ne pas être trop difficiles et aimer le côté rustique, mais là, c’est un peu tout much! On voit bien qu’ils ont fait de la récup et qu’ils ont essayé de faire des chambres avec mais c’est noir, glauque et on ne voit plus la couleur d’origine de la couverture tellement elle est sale. Vraiment, on est crevés et on a pas le courage de passer une nuit ici. Le regard du petit garçon quand on s’en va nous fend le cœur. On voit bien la misère dans laquelle ils vivent et ils devaient se réjouir d’accueillir 5 personnes. C’est très difficile de s’en aller. Idem dans la deuxième. Les 3 petites mamies affichent un grand sourire emprunt de gentillesse mais l’état des chambres est désastreux, l’accès est presque dangereux et il n’y a pas de sanitaires. On poursuit donc vers le centre du village où on ne tarde pas à se faire alpaguer par le propriétaire d’une guest house, en pierres, cette fois. C’est pas top, cher, c’est la douche la plus glaciale et sans lumière et les WC les plus crades qu’on ai encore jamais vus. Mais il n’y a rien après… alors on pose nos sacs ici. La dame nous montre le roof top, d’où on a une vue à tomber. Faut que j’arrête de me répéter car de toute façon, ici, tout est à tomber.

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Elle est en train de battre des herbes séchées, du chanvre, si on comprend bien, qu’elle utilise pour la cuisine. Ça sent fort et on comprend vite que cette activité lui a monté à la tête car toute la soirée, elle est complètement à côté de la plaque! D’ailleurs, ce soir, c’est son mari qui cuisine… ;D

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JOUR 17 : Ghara – Ghorepani / 8h30 – 12h30 / Alt. 1700m – 2870m / 9 km / grand soleil puis couvert l’après-midi

Nous quittons sans regrets notre trou à rats et reprenons la route du sud. Dépités, nous constatons que des guest houses super cosy existaient un peu plus loin. Si vous cherchez un logement dans le coin, passez Ghara et continuez un peu…vous nous direz merci! ;D D’interminables volées de marches nous font gagner 1200m d’altitude.

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Il fait chaud et on en bave. Encore une fois, nous croisons des écoliers et des caravanes de mules qui charrient bois, pierres et bouteilles de gaz. On vous recommande les villages de Khiban ou Shikha, où les gens, autonomes en eau et en nourriture, sont souriants et blagueurs. Ils ont l’air tellement heureux, vivant dans ce cadre exceptionnel, sans route, loin de l’agitation moderne. On passe devant une maison où les habitants, enroulés dans leurs polaires, boivent leur thé sur une terrasse fleurie avec vue sur les plus hauts sommets du monde. Qu’est-ce que je les envie!

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Le plein de Snickers… et de papier toilette!

Quel soulagement, enfin, de passer sous l’arche « Welcome to Ghorepani ». J’ai cru qu’on y arriverai jamais.

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Encore quelques centaines de marches et on arrive au cœur du village, constitué presque exclusivement d’hébergements pour les trekkeurs. L’offre est énorme. On s’écarte de la rue principale et on tombe sur « The hungry eye ». Original comme nom vu que tous les autres s’appellent « Best view », « Mountain view » ou « Nice view »! On tombe immédiatement amoureux des petites chambres cosy et de la salle commune vitrée et lumineuse. Et ils ont une douche chaude, youpi! En plus de l’accueil ultra chaleureux, on se régale! Tout est frais, délicieux et copieux.

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Dommage car on se retrouve très vite encerclés par les nuages et la vue est complètement bouchée. On était censés monter jusqu’à Poonhill (= panorama de fou sur le Dhaulagiri, les Manaslu et les Annapurnas) dans l’après-midi mais on doit changer nos plans. Au lieu de ça, on écume les petits étals de bijoux et on refait notre stock de Snickers et de Bounty (pas bien!). Le dîner est un véritable festin. On se jette sur leur bière Duvel (première bière belge que l’on trouve) et leurs chapatis au fromage.

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En pleine négociation…
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Les délicieux chapatis (pains indiens) au fromage

JOUR 18 : Ghorepani – Nayapul / liaison en bus Nayapul – Pokhara / Alt. 2870m – 1070m / Passage à Poonhill à 3200m / 18 km / couvert

Dernier jour du trek ! Snif! Et d’un autre côté, nos corps meurtris ont bien besoin de repos. On commence sérieusement à traîner de la patte… Nous quittons à regrets le village de Ghorepani, où règne un calme absolu. Ça commence fort car on a prévu d’atteindre Poonhill pour le lever du soleil, à 6h20. À 5h du matin, on est donc prêts à en découdre avec notre dernière ascension. Encore des marches… mais là-haut, (avec 500 autres personnes), nous profitons du spectacle de la nature.

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On redescend ensuite à Ghorepani, encore envahi de brume, et prenons des forces avec un petit déjeuner d’anthologie. Si vous êtes gourmands, vous adorerez « The hungry eye », et notamment ses pancakes à la banane!

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Puis on entame la descente de 1700m qui brûle les cuisses et nous met vraiment à mal. Imaginez descendre un escalier infini pendant 4h30! On plaint vraiment ceux que l’on croise en sens inverse. On dépasse même deux Bretons qui passeront une nuit de plus dans les montagnes tellement ils ont mal aux genoux. Autour de nous, c’est la jungle.

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Le lave-vaisselle népalais!

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Les porteurs montent les affaires de leurs clients dans leurs chambres
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Ici, pas de motoculteurs mais des charrues à bœufs.
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Cette petite fille était assise sur une table, sans surveillance… normal, quoi!

Par ce pont, et après un dernier contrôle de nos TIMS pour enregistrer notre sortie du parc, nous quittons les Annapurnas.

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Le pont de Birethanti, point de sortie du trek.

Nous marchons jusqu’à la gare routière de Nayapul et sautons dans le premier bus pour Pokhara, au grand dam d’un chauffeur de minibus plus qu’insistant qui ne comprend pas pourquoi on préfère payer 1€ que 5€ par personne! ;D

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C’est finiiiiiiiiiii !

Pendant les deux heures que durent le trajet, nous repensons aux merveilleux moments que nous avons passés tous ensemble. Il est temps pour nous de tourner une nouvelle page du voyage… Tandis que Rémi part rejoindre Marion et Coline au Vietnam, Delphine et Sarah s’envoleront dans quelques jours pour Bangkok. De notre côté, nous allons faire notre demande de visa indien et ressortir les vélos de leurs cartons!

Une chose est sûre, nous reviendrons ici! Il semblerait bien que le Népal ait détrôné la Mongolie dans notre liste de coups de cœur…! ;D

À la prochaine!

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