Lundi 4 décembre 2017

Ça fait 12h que nous sommes en Inde et ça fait aussi 12h que nous sommes devenus sourds ! Welcome to India ! ;D

Nous sommes partis de Lumbini ce matin à 7h30, histoire de ne pas passer la frontière trop tard. Le poste frontière de Sonauli, à 25 km de là, ouvre à 6h et on a lu et entendu de tout à son sujet… que le temps d’attente était interminable, que le passage de la frontière était un enfer, que nos sacs allaient être entièrement vidés et fouillés, que des foules de rabatteurs allaient se jeter sur nous… bref, on s’était blindés et on était prêts à affronter le pire.

Nous parcourons en sens inverse la route de la veille. Nous sommes presque seuls, du moins la première heure. Quel contraste avec l’agitation d’hier sur le même axe. Une épaisse brume recouvre les champs de part et d’autre de la route. Seuls quelques vélos et marchands ambulants sont à pied d’œuvre. Il y a aussi énormément d’enfants et de mères en pleine effervescence. Sûrement se préparent-ils pour aller à l’école. Des petits feux de bois sont improvisés devant les maisons de tôle et de terre, où la tribu familiale vient se réchauffer les mains. C’est qu’il ne fait pas chaud du tout ce matin. 15°C peut-être ? Les hommes sont assis en bandes au café du coin, en train de refaire le monde et ils nous regardent passer, tantôt amusés, tantôt suspicieux. Ceux qui parlent anglais nous lancent des « Hello ! », « Where do you come from ? ». Puis le trafic devient de plus en plus intense. Bientôt, il faut doubler les files de vieux vélos moins rapides que nous et on se fait frôler, et klaxonner bien entendu, par les bus et les poids lourds. Dans l’ensemble, ils font tout de même attention à ne pas trop nous mettre en danger.

On arrive à la grosse ville moche où l’on a tourné la veille et l’on retrouve notre bonne vieille 4 voies poussiéreuse et défoncée. Passer le rond-point demande une dose de zénitude. Il faut oser se lancer entre les bus, les camions, les motos, les rickshaws, les vaches, les chèvres et les piétons, la moitié de tous ceux-là étant à contre-sens. Ça nous ferait presque marrer tellement c’est surréaliste. Alex déraille en plein milieu du rond-point. Je ne m’en aperçois qu’après m’être retournée, saine et sauve, de l’autre côté de la voie ! Pas facile de remettre sa chaîne en place quand tu n’as plus de béquille et que ton vélo est super chargé, sans compter les motos et camions qui passent à 5cm de ta tête. Je le regarde quelques minutes galérer au milieu du chaos, la vilaine ! Puis j’y retourne, quand-même, pour l’aider à tenir son vélo. Et c’est reparti pour les derniers kilomètres. Sans avoir eu le temps de dire ouf, on passe sous l’arche « Thank you for visiting Nepal ». Déjà ? On est un peu tristes de quitter le pays… tout de suite sur la gauche, le bureau de l’immigration népalais, où l’on fait tamponner notre visa de sortie, sans aucune autre formalité. Le gars est trop sympa, un Népalais, quoi ! On est pile poile dans le timing, notre visa expirant le jour même !

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On est super tristes de quitter le Népal

Vingt mètres plus loin, on passe sous une deuxième arche, celle de « Welcome to India », cette fois-ci. On aperçoit un petit barnum où des personnes se font fouiller leurs sacs. Ok, on est résignés à déballer les sacoches et mettre trois plombes à les ranger. Au lieu de ça, un gars (qui ne ressemble en aucun cas à un officiel et du coup je suis plutôt inquiète de lui donner mon passeport) nous arrête, regarde nos vélos d’un air amusé et nous demande où l’on va en Inde. « Rajasthan ? », « Oh ! I’m born in Rajasthan ! ». Super, ça tombe bien ! Après lui avoir répondu que, non, nous ne transportons pas de drogue, il nous fait circuler. Allez hop, y’a rien à voir ! Voilà comment passer la frontière indienne en 55 secondes… admirez le travail ! ;D Merci à nos sacoches bien bombées qui ont du le refroidir direct ! Ahah

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Enfin, c’est pas terminé. On a à peine passé l’arche que d’un coup, c’est le bordel total autour de nous. Comment peut-il y avoir une telle différence entre ces 2 pays voisins, seulement 50m après la ligne imaginaire ? Nous montons encore d’un cran dans l’intensité de la circulation. Et ce bruit incessant ! On en prend plein les oreilles. C’est simple, on dirait que le klaxon est le prolongement de leur main. Ils ne peuvent pas s’en empêcher, c’est un toc chez eux ! C’est juste pour dire « attention, j’arrive ! » et ça part plutôt d’une bonne intention mais il y en a tellement que ça ne sert plus du tout à rien! À part te filer une bonne migraine, au pire. Dès qu’ils voient un truc qui bouge, n’importe quoi, il faut qu’ils s’excitent sur leur pouêt-pouêt… bon, soit, on fera avec ! Maintenant, il faut que l’on trouve le bureau de l’immigration indien pour faire tamponner notre visa d’entrée. Les gens voient bien que l’on cherche et gentiment, de leur plein gré, nous indiquent le bureau en question. Aucun rabatteur à l’horizon… bon, c’est pas vraiment l’enfer auquel on s’attendait. C’est peut-être aussi le fait que l’on soit à vélo, ça change vraiment les rapports aux gens.

Pas étonnant qu’on ai eu du mal à le trouver, ce bureau, on peut vraiment dire qu’il ne paye pas de mine ! Un gars qui sort de nulle part et qui n’est toujours pas habillé en officiel prend nos passeports. On le lâche pas des yeux. Mais si, il a bien l’air de bosser là. Il nous pose 2 ou 3 questions et nous fait remplir le formulaire d’entrée dans le pays, rien de bien méchant ! Nous on pensait repartir tout de suite après le coup de tampon mais là, non, faut pas rêver ! Il nous dit que ça peut durer un moment et qu’on peut aller boire et manger. Comment ça un moment… ? On préfère ne pas s’éloigner et on termine nos stocks de bananes et de clémentines. On balance les peaux sur le tas de déchets qui est en train de finir de brûler, juste à côté de l’entrée. Les chiens errants viennent y faire un p’tit tour au cas où il resterait quelque chose à se mettre sous la dent…ah oui, vous vous en doutiez déjà mais on vous le confirme, l’Inde, c’est sale, très sale, même ! Le gars nous demande s’il nous reste des roupies népalaises et nous conseille de les changer maintenant car ce sera impossible plus tard. Bonne idée ça, ça nous permettra de tenir jusqu’à un distributeur. Au bout d’une heure, je commence à aller fouiner du côté du bureau, histoire de leur mettre un peu la pression. C’est comme ça ici, tout le monde passe comme dans un moulin et s’attable au bureau pour voir si leur passeport est bientôt en haut de la pile. Le problème, ce sont les cars de touristes et leurs guides, qui débarquent avec 40 passeports d’un coup. Le second problème, c’est ce manque évident de dynamisme ! ;D un biscuit, une gorgée de thé, un coup de tampon, un biscuit, une gorgée de thé, un coup de tampon… ils sont sérieux là ? Doit pas y avoir beaucoup de burn out dans l’administration indienne… Heureusement, avant qu’on s’énerve, nos passeports se retrouvent en haut de la pile et deux minutes plus tard, on est libres ! En même temps, on ne pouvait pas vraiment s’énerver tellement ils étaient souriants et sympas.

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Direction la gare de Nautanwa pour prendre un premier train. En sens inverse, sur des kilomètres et des kilomètres, les camions de marchandises sont en file indienne, attendant leur tour. Mais ils en ont pour des jours !! Du coup, les 2 voies de droite étant bouchées, la voie de gauche, celle où l’on roule, est envahie de véhicules à contresens. On hallucine ! C’est comme dans les jeux vidéos où il faut éviter toute sortes d’ennemis et d’obstacles. Eh bah là, c’est pareil… sauf que tu n’as qu’une vie ! ;D Et ce rétro qui ne tient plus…

On ne la trouve pas cette gare! On essaie de demander à des gens mais franchement, ils ne parlent pas tous anglais et quand ils le parlent, on a un mal fou à les comprendre. On finit quand-même par la trouver grâce au gps. Heureusement, dans la petite cahute marquée « unreserved tickets », un des 2 messieurs parle anglais et nous délivre les tickets en deux secondes, sans aucun problème. Je lui demande si on a des sièges attribués et comment ça se passe avec les vélos mais il balaie ces deux questions d’un geste de la main qui semble signifier : c’est à l’arrache ! 50 roupies (75 cts) pour 2 jusqu’à Ghorakpur, carrément imbattable ! En plus, le train va arriver d’ici 10 minutes…le bol ! J’ai laissé Alex avec les vélos le temps d’acheter les billets et, comme on nous avait bien prévenu, un petit groupe de quinze curieux s’est formé autour de lui ! Mais c’est tranquille. Personne ne touche aux vélos, ils se contentent juste de regarder de loin. Idem dans la gare, où l’on patiente, assis sur un chariot, les vélos à côté de nous. Des petits groupes d’une dizaine de personnes se forment. Ils discutent, prennent des photos, puis, leur curiosité rassasiée, se dispersent. Rien de bien oppressant pour le moment. Bon, certes, les gens te fixent quand-même un peu mais tu souries à ceux qui te sourient, les autres, tu essaies de les ignorer et ça se passe bien !

La foule commence à bouger. On se dirige vers l’avant du quai car il y a moins de monde. Et pour cause, ce sont les wagons pour les bagages, ça tombe bien !

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On nous aide à charger nos vélos avec tous nos bagages dessus.Au moment de monter dans le train, mon rétro me reste dans les mains, coupé en deux. Super, c’est pas comme si ici, j’en avais besoin ! Puis le gars, qui a l’air plus ou moins en charge des colis, nous conseille de prendre nos bagages avec nous. Alors on décroche tout . Puis quelques minutes après, il nous indique que c’est mieux de carrément prendre les vélos avec nous dans le wagon. Est-ce qu’on va y arriver ? Allez, on redéménage… mais au moins, on a l’œil sur eux. On est dans le wagon handicapés (décidément! ;D) et on est seuls avec une fille et un gars, très sympas. On s’échange bananes et chocolat et le gars nous apprend les formules de politesses en hindi. Bonjour et merci, c’est comme en népalais, ça ne devrait pas être trop compliqué. On essaie de discuter un peu mais son anglais est très limité.

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On mettra 3h pour faire 90 km car il y a de trèèèèèèèès nombreuses gares à desservir. Toutefois, les arrêts sont super rapides. Nos deux voisins finissent par descendre et on se retrouve tous les deux, à l’abri de l’agitation ambiante. J’ai bien l’impression que les autres wagons sont bondés. Par la fenêtre, on observe la vie rurale défiler. Et on arrive encore à être étonnés. Les femmes travaillent dans les champs avec leurs grands saris roses et dorés… mais c’est quoi cette tenue ? ;D Les enfants se baignent dans des mares boueuses, avec les buffles. Les familles habitent des maisons pas terminées, sans portes ni fenêtres ni rambardes de sécurité, avec les fers à béton qui dépassent de partout. Cette partie du pays est toute plate et très verte.

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Il n’y a aucune sécurité autour des rails. Les enfants jouent juste à côté. Tout le monde s’arrête pour regarder passer le train. Parfois, entre les rails et les maisons, c’est une véritable déchetterie. Les hommes viennent y faire pipi. L’eau stagnante est complètement croupie. Les vaches et les cochons errent parmi les détritus, en quête de nourriture. Il y a aussi des enfants qui traversent ce no man’s land pieds-nus. Ouah !!! Là, niveau hygiène, on a touché le fond.

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Sécurité zéro! Les trains roulent les portes ouvertes… et des gens sont assis sur les rails

Le train entre en gare de Ghorakpur, qui se vante avoir le plus long quai du monde (1,4 km) et traite 189 trains par jours. Certes, ça commence à faire du monde. On sent bien que le train est le moyen de transport principal. Sur les routes de campagne, nous n’avons vu quasiment aucune voiture. La gare est immense. Il faut traverser toutes les voies par une passerelle. On rentre avec les vélos dans l’ascenseur mais de l’autre côté, ce sont des escaliers. Ça le fait quand même. Il faut maintenant que l’on trouve des tickets pour Agra… et c’est là qu’on rigole ! Je laisse Alex avec les vélos pendant que je me tape les 1,4 km de voie pour trouver les guichets. Je m’arrête tous les 200m pour confirmer ma direction et on me dit que oui, oui c’est toujours plus loin à gauche. C’est énorme. Je finis par trouver ces fameux guichets « unreserved tickets ». Il y a quinze guichets avec chacun une cinquantaine de personnes devant. Ce sont de belles files bien droites et personne ne bronche. Ok, je choisis une file au hasard. Ça avance assez vite. Au bout de dix minutes, un jeune homme se penche vers moi et me sort « Do you feel comfortable here? ». Euhhh, mais c’est quoi cette question de merde ? Je lui dis que oui, pourquoi ? « Parce que ce hall est réservé aux hommes et qu’il y a une file d’attente spéciale pour les femmes, ailleurs». Je regarde tout autour de moi et constate en effet que je suis la seule fille au milieu de cette énorme masse! J’étais tellement focalisée sur l’objectif que je n’avais pas du tout prêté attention à ce détail. Comme je suis presque arrivée au guichet, je lui dit que je reste. Ce serait trop bête si près du but ! C’est mon tour et je demande des billets pour Agra mais ils ne comprennent pas ! J’essaie avec tous les accents possibles mais rien à faire. Heureusement, ce petit jeune homme très sympa vient à ma rescousse et avec lui, ça passe. Sauf que la dame m’indique le guichet d’à côté. Je passe la rambarde et ça ne plaît pas tellement au monsieur d’à côté que je passe devant lui, ce que je peux comprendre. Le petit gars fait la demande à ma place et se fait envoyer bouler. Ici ce sont les places normales et il faut que je m’adresse au guichet des trains de nuit pour les couchettes. Tout ça pour rien… il m’emmène ensuite au guichet correspondant et heureusement car rien n’est en anglais. Là, les gens sont surexcités et brandissent des papiers devant la fenêtre. Ok, j’abandonne. Je vais peut-être aller dire à Alex que je suis toujours en vie car ça fait maintenant un sacré moment qu’il attend ! Je serre la main du gars, le remercie, et me retape 1km dans l’autre sens. Quand j’arrive enfin, Alex est en train de discuter avec un gars. Je lui raconte que je suis bredouille et qu’il faut qu’on y retourne ensemble. Là, le gars nous explique qu’il y a un guichet spécial pour les étrangers. Ah bon ? Il sort de la gare avec moi et me montre le chemin. Ça a pas l’air à côté et je comprend pas tout mais j’ai au moins une vague direction. Il nous salue et nous recommande de bien faire attention à nous dans ce pays. Merci, super rassurant ! On ressort avec nos vélos et on se lance dans le trafic le plus dense qu’on ai encore jamais expérimenté. On commence à avoir l’habitude et ça devient presque un jeu. Je galère sans mon rétro et dois me retourner toutes les 10 secondes pour voir si j’ai pas perdu Alex, qui tient à ce que je pédale devant. On s’arrête aussi tous les 200m pour demander notre chemin. Finalement, on a dépassé ce fameux bureau et en plus, c’est de l’autre côté de la rue. On traverse comme on peut, on en profite pour s’arrêter dans une station service qui dispose d’un distributeur. Ça marche pas. Bon, c’est pas grave, on devrait avoir assez. On trouve enfin ce bureau délabré et très mal indiqué. Cette fois, c’est moi qui reste avec les vélos et c’est Alex qui s’y colle. Il ressort deux minutes plus tard avec un formulaire à remplir. C’est reparti. L’attente est interminable. Ouf, il ressort. Il a pas assez d’argent…relou ! En plus, le deuxième distributeur d’à côté ne fonctionne pas non plus. Quinze minutes plus tard, il revient victorieux et va faire la queue pour la troisième fois. Dehors, je me fais dévorer par les moustiques. Vingt minutes plus tard, Alex ressort avec les billets. Sauf que le train n’est que le lendemain à 13h20 ! Il nous faut donc maintenant trouver un logement car il fait déjà nuit et bivouaquer dans cette ville ultra bruyante et surpeuplée, ça va pas être possible ! On repère un hôtel sur le gps. C’est parti ! Bon, c’est complet. Deuxième hôtel… c’est complet. Troisième hôtel… c’est complet. Quatrième hôtel… c’est complet. On commence à moins rigoler. On profite de capter un réseau gratuit dans la rue pour nous ruer sur booking. Et là, première fois que ça nous arrive… 100 % des hôtels de la ville sont déjà réservés. Plus aucune place nulle part. La première chambre libre se situe à 53 km d’ici. On tombe sur 2 petits jeunes à vélo super sympas qui voient bien qu’on cherche quelque chose… on leur explique qu’on est désespérés et qu’on cherche un endroit où dormir. On espère qu’ils vont nous proposer leur terrasse ou leur salon mais au lieu de ça, ils nous guident jusqu’à un autre hôtel. Ah oui ! Il leur reste une chambre… la suite royale à 160€ la nuit :(. Je ressort bredouille. On leur demande s’il y a une explication à cette pénurie de logement et ils nous confirment que c’est la saison des mariages. C’est pour ça que depuis tout à l’heure, on voit plein de femmes avec leurs saris de soirée. Parées de bijoux de la tête aux pieds, on les voit briller à 2 km. On comprend mieux. N’empêche qu’on est pas plus avancés. On s’apprête à retourner du côté de la gare, quitte à dormir dedans mais sur le chemin, on tente une dernière fois notre chance auprès de l’« Hotel President », planqué dans une ruelle. Ouf ! Il leur reste une chambre… à 47€. Voilà comment commencer l’Inde en beauté et surtout bien plomber notre budget mais à 7h du soir, en plein sur un boulevard, dans un pays que nous ne connaissons pas encore, tant pis, là comme ça, on n’a pas d’autre idée. On pose donc nos sacoches dans cette chambre, qui n’a pas l’air si mal de prime abord, vu de la porte. Il y a juste cette musique Bollywood à fond au rez-de-chaussée car ici aussi, il y a un mariage ! On nous a promis que ça cesserait à 20h… j’attends de voir ça ! En plus, même si tu déclines poliment, tu te coltines forcément ce gars qui t’appuies sur le bouton de l’ascenseur et t’ouvres ta porte. Comme si tu pouvais pas le faire tout seul… et bien sûr, il reste planté devant nous, la main tendue, en attendant son pourboire pour l’immeeeeeense service rendu. Grrrr… Comme on est affamés et que de toute façon, notre chambre s’est transformée en boîte de nuit, on part en quête d’un boui-boui (mais pas trop sale quand-même). On en trouve un, un peu en retrait de la grande rue. Le patron nous tend le menu, en hindi. Oups, désolés, on va prendre ce qu’il y a en vitrine ou en photo. Et on se régale. On goûte au Tikki : une galette de pommes de terre servie avec de la sauce tomate, de la crème, des miettes de pain écrasées et tout un tas d’épices. Bon, dit comme ça, ça fait pas rêver mais c’est vraiment excellent. ;D

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Le tikki

Quand on nous annonce 240 roupies (environ 3€) pour 2 tikkis, 2 plats, 2 desserts et 2 bouteilles d’eau, on leur demande de répéter. Ah bon c’est bien ça ? Ah ouais… là, on a encore baissé d’un cran ! Avant de partir, à la table d’à côté, un jeune Indien qui bosse dans l’informatique nous met en garde : « dans ce pays, soyez très vigilants avant d’entreprendre quoi que ce soit. » Eh bien c’est rassurant, ça fait quand-même trois personnes en 24h… De retour à l’hôtel, on découvre notre chambre de plus près et on déchante. Il faut pas croire qu’ici, pour ce prix, tu as quelque chose de correct. Oh non, il n’y a rien de « President » là-dedans! Y’a pas d’eau chaude, les carreaux sont pétés, le mobilier est dans un sale état, la plomberie fuit de toutes parts, les draps sont tachés, et je préfère pas parler de la serviette de toilette ! Même le PQ est marron de poussière ! Bref, le ménage n’a pas été fait depuis un bon moment. Pas de wifi non plus. Et la lumière rouge au-dessus du lit, c’est censé réchauffer l’ambiance? Les murs continuent de trembler et la musique ne s’arrêtera finalement que vers minuit. Le lendemain, lors du check out, je peux pas m’empêcher de leur dire que 47€ pour une chambre aussi merdique, c’est une honte. Le gars me regarde avec son plus grand sourire et me sort calmement: « Yes, M’am, I’m sorry M’am ! » Ouh lààà, je vais me le faire ! Mais pas le temps car on est pas en avance pour notre train à destination d’Agra. On roule comme des fous en évitant motos, tuktuks et autres vaches sacrées, tout ça pour apprendre en arrivant à la gare que notre train a … 6h de retard. Eh bah on dirait qu’on est larges ! Il reste plus qu’à se trouver un p’tit banc tranquille.

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On est pas trop embêtés, mis à part un grand gaillard qui se dit des forces spéciales et qui nous prend en photo sous tous les angles, pendant une heure et qui nous raconte sa vie en répétant quinze fois la même chose, qu’il a la vie dure et tout et tout. Il commence à être lourd. Je trouve Alex super patient sur ce coup-là. La jeune népalaise, assise sur le banc derrière nous, nous dit de ne surtout pas sympathiser avec ce genre de personnes. Après nous avoir gentiment offert une grenade et des pommes, elle nous met en garde : « Ici, faites très attention à vous! »  Bon, ça suffit maintenant, ça commence à devenir flippant ! Pendant qu’on discute avec elle, deux autres gars viennent à notre secours et nous débarrassent de l’individu.

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Au kiosque, il faut jouer des coudes pour commander!

On passe le temps en sirotant du masala tea et du jus de mangue, puis le train finit par arriver. Quand on voit le nombre de personnes sur le quai… c’est pas possible, on va pas tous rentrer ! Comme la veille, on se dirige vers l’avant du train pour charger nos vélos dans le wagon spécial mais cette fois, le contrôleur nous demande notre billet pour les bagages. Euhhh… on en a pas en fait ! On a pas été très malins sur ce coup là. On aurait du préciser qu’on avait des vélos. Mais on s’est basés sur le même principe que la veille. Et là, c’est un non catégorique. On ne charge pas les vélos. Des Indiens se sont attroupés autour de nous et essaient de plaider notre cause, mais c’est toujours non. On commence à flipper car ça fait un moment qu’on discute et le train va pas rester une heure à quai non plus ! Le contrôleur nous envoie balader et un Indien nous traduit qu’il faut qu’on se débrouille pour charger les vélos dans notre wagon. Oh purée… ça va être sympa ! On court sur le quai jusqu’à notre voiture. On se dépêche de détacher les sacoches et on fourre tout à l’intérieur, avec l’aide d’Indiens qui, super sympas, nous aident à soulever les vélos. À peine on attrape notre dernier sac sur le quai que le train démarre… punaise, c’était moins une ! Les personnes restées à quai nous hurlent par la porte restée ouverte : « lock the bikes ! », « lock the bikes ! » Bon, on a compris qu’il fallait pas qu’on lâche les vélos des yeux. À l’intérieur, on a vraiment mis le souk ! On bloque l’accès aux toilettes, au couloir, et à l’autre porte de descente. Là, il va falloir qu’on s’organise ! Je reste avec le matos pendant qu’Alex va repérer nos places dans le wagon. Les vendeurs de snacks sont déjà à l’œuvre et doivent enjamber nos affaires. Va vraiment falloir qu’on range tout ce bordel avant de se faire luncher. Évidemment, il y a eu dix fois plus de places vendues que de places réelles dans le train et il n’y a absolument pas de place pour nos bagages. Je vais donc m’asseoir toute seule pendant qu’Alex se charge de caser les vélos, le pauvre ! Je me coince comme je peux entre les membres d’une famille toute entière. Je suis rassurée car il y a trois autres femmes avec moi. Mais quand-même, je ne me sens pas super à l’aise avec tous ces yeux fixés sur moi. Tu ne peux pas faire un geste sans que tout le wagon se retourne. 17h comme ça… que ça va être long ! La famille est super sympa. La fille, qui parle un peu anglais, m’explique qu’ils vont à Mumbai. Quoi ? Mais c’est 4 fois notre distance. Ils vont passer au moins 3 jours dans ce train ! En attendant, ils me nourrissent (les beignets faits maison sont à tomber) et m’offrent du thé. Ce qui me dérange un peu plus, c’est qu’ils balancent tous leurs déchets par les fenêtres ouvertes du train. Impossible de s’habituer à ça !

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Ma « famille d’accueil »!

Au bout d’un moment, quand j’ai assez confiance pour leur laisser nos deux box avec nos papiers, je retourne prendre des nouvelles du front. Je trouve Alex en pleine discussion avec un gars qui, comme tous les autres, s’intéresse beaucoup au prix des vélos et de sa montre. Un des vélos est à la verticale le long d’une des portes de sortie et l’autre est rangé le long du couloir, entre les deux rames, avec les sacoches empilées dessus en équilibre.

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À chaque gare, Alex doit bouger le  deuxième vélo selon que le quai se trouve à droite ou à gauche… l’enfer ! Deux petites filles pieds nus sont endormies à même le sol. Alex m’explique que leur mère les a balancées dans le train alors qu’il était en marche, pour ne pas payer le billet. Dur. Puis il me montre la porte du train, où, en gros, sont affichées les consignes en cas d’agression sexuelle. Super glauque. Il est vrai qu’on a vu des wagons interdits aux hommes. Il doit bien y avoir une raison à cela… Je retourne m’asseoir, à contrecœur, laissant mon Loulou se dépatouiller avec tous les passagers qui se prennent en photo avec lui et qui postent ça ensuite sur Facebook. Quand je retourne le voir quelques heures plus tard, mon vélo est… dans les toilettes, sur la roue arrière ! Le changer de sens constamment devenait ingérable, il fallait trouver une solution.

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Remarquerez-vous le détail qui tue?  ;D

Du coup, Alex s’est transformé en Monsieur Pipi, guidant les gens vers les toilettes disponibles. Il a l’air épuisé mais refuse tout net que je le remplace. Quand je retourne à mon siège, la famille a installé les couchettes. Ils me désignent celles qu’ils m’ont réservée. Ça me gène un peu car ils s’entassent à 6 sur 2 couchettes alors que je suis seule sur la mienne… mais pas moyen de discuter. Impossible de dormir. Je me réveille en sursaut car j’ai peur qu’on nous pique les sacs, que j’ai essayé d’enrouler autour de mes poignets. Il y a tellement d’arrêts en gare que les gens qui montent et descendent créent un flux incessant. Les nouveaux arrivés s’installent dans l’allée pour me regarder dormir. À chaque fois que j’ouvre les yeux, c’est une nouvelle tête qui me fixe. Des gens s’incrustent sur ma couchette et s’assoient sur mes pieds, d’autres écoutent de la musique Bollywood à fond. Et le pire de tout, ce sont ces vendeurs qui, toutes les 2 minutes, passent dans l’allée en braillant ou en tapant avec leur louche contre les plats. Ça ne s’arrête jamais, jamais, jamais, et il y a vraiment de quoi péter un câble. Et encore, moi je suis allongée, alors qu’Alex est debout depuis 12h, à côté de chiottes qui puent et qu’il doit répondre aux questions, toujours les mêmes, de dizaines d’Indiens qui le mitraillent avec leur téléphone et lui tiennent la grappe, avec leur accent anglais incompréhensible. Je me promets de lui faire couler une médaille quand on sortira de cet enfer. Quelques km avant Agra (on suit notre avancée sur le gps car aucune gare n’est annoncée et on ne sait jamais où on est), Alex vient me prévenir que je peux me préparer. Alléluia ! Je le rejoint avec les sacs dans le couloir mais je ne sais pas trop où me mettre car ça circule tout le temps. Je me case donc dans les toilettes, avec mon vélo. Je suis aux premières loges pour observer les gens aller et venir PIEDS NUS dans les toilettes à la turque. C’est immonde. Sachant qu’en plus, ils crachent aussi beaucoup ici. Les deux petites filles sont réveillées, enfin surtout une, qui rejette et frappe sa sœur qui essaie de s’appuyer contre elle. Elles sont sales et maigres et ont ce regard farouche qui montre bien que leur vie ne doit pas être facile tous les jours. Les gens leur écrasent les pieds en passant, cette vision est d’une violence ! Je ne vais pas me mettre à pleurer dans le train mais franchement, ça calme! Leur mère, un bébé cul nu pendu à son sein, m’adresse son plus beau sourire, dévoilant ses chicots oranges. À ce moment précis, j’ai la furieuse envie de lui donner mon stock de pilules. Alors qu’elle vient d’essuyer les fesses de son bébé avec la main, elle me tend un bonbon. Ah là, non, vraiment, ça va pas être possible !

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Les 2 petites filles qui s’amusent avec un vieux morceau d’emballage en carton

Le train met une heure à parcourir les 15 derniers km. On s’arrête constamment pour laisser passer d’autres trains. Les gens me jettent des regards noirs, à juste titre, car j’ai laissé la porte des toilettes ouvertes et les mauvaises odeurs ont envahi le passage. On se fait bousculer par les vendeurs, inépuisables, qui essaient à chaque fois de nous refourguer un truc alors que ça fait 25 fois qu’on leur dit non! Encore quelques selfies et interrogatoires… « mais vous êtes mariés? » ça, ça les inquiète beaucoup! Pitié, il faut que ça cesse. On hésite même à sortir du train au milieu de la pampa pour terminer le voyage à vélo (je précise qu’aucune porte n’est verrouillée et que tu peux sauter du train quand tu le souhaite!). Quand il finit par s’arrêter à Agra, 17h après notre départ, on se rue dehors et on respire une grande bouffée d’air frais. Quelques passagers nous donnent un coup de main pour débarquer tout notre fatras. On les remercie mille fois pour leur aide et on s’empresse de déguerpir. On se regarde et on pouffe de rire… et de soulagement. Plus jamais de train en Inde !

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